Les investissements dans les marchés privés étaient autrefois l’affaire des fonds de pension, des institutions financières et des gens fortunés. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus accessibles aux petits investisseurs, mais ils ne sont pas sans risques pour autant. Le Devoir fait le point.
Que sont les marchés privés ?Les marchés privés visent les entreprises qui ne sont pas cotées en Bourse. Ils sont composés entre autres d’entreprises qui ne sont pas rendues assez loin dans leur développement pour envisager une entrée en Bourse, ou qui ne souhaitent tout simplement pas le faire.L’investissement dans les entreprises privées peut notamment prendre la forme de prises de participation, de crédit ou d’investissement en infrastructures.Le concept peut sembler obscur, mais les particuliers sont nombreux à investir dans ce type de marchés par la bande, consciemment ou non. Le Fonds de solidarité de la FTQ, le Fondaction de la CSN et le Capital régional et coopératif de Desjardins, « ce sont des fonds de capital de risque, ce sont des fonds qui investissent dans des entreprises privées non cotées en Bourse », illustre Philippe d’Astous, professeur de finance à HEC Montréal.Comment investir dans ces marchés ?Traditionnellement, les marchés privés étaient réservés aux grands investisseurs institutionnels. Les gens très fortunés pouvaient aussi y accéder en répondant à certains critères, dont l’obtention d’un salaire de 200 000 $ ou plus et la possession d’au moins un million de dollars en actifs financiers, en plus de respecter des seuils minimaux d’investissement élevés.Cette chasse gardée est toutefois appelée à se démocratiser grâce à un assouplissement de la réglementation et à l’arrivée de nouveaux fonds offerts par des plateformes d’investissements autogérés. Par exemple, Wealthsimple a créé le Fonds des marchés privés, qui est composé d’entreprises sélectionnées par des gestionnaires spécialisés dans les marchés privés. Pour y accéder, vous devez investir au moins 10 000 $ et détenir 50 000 $ en actifs ou plus.La plateforme d’investissement en ligne Questrade a quant à elle annoncé au début juillet qu’elle permettrait d’investir dans les marchés privés des sommes « bien en dessous du plancher de 25 000 $ généralement exigé », et ce, dès cet été.Quels sont les risques associés aux marchés privés ?Les placements dans les marchés privés sont illiquides, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas être convertis rapidement en argent. Ils peuvent être assortis de périodes de détention minimales et ne peuvent être rachetés à tout moment. « Si tu as besoin d’argent dans trois mois, dans six mois, dans un an, parce que tu vas acheter une maison, ce n’est pas nécessairement un bon véhicule pour toi », prévient Philippe d’Astous.Les entreprises présentes dans les marchés privés sont souvent au début de leur cycle de vie, poursuit le directeur du Laboratoire en éducation financière de HEC Montréal. « Le risque de l’entreprise est plus élevé chez les entreprises plus jeunes, ça, c’est sûr. »Les entreprises publiques sont tenues de divulguer de nombreuses informations sur le fonctionnement et leur performance, tandis que les entreprises privées sont beaucoup plus opaques. Il en va de même pour la valorisation : la valeur accordée à une entreprise publique est déterminée lors de chaque transaction boursière et est connue de tous, tandis que celle attribuée à une entreprise privée est évaluée périodiquement et est moins facilement accessible.Quels sont les bénéfices ?« Ça aide vraiment à diversifier ton portefeuille dans de nouveaux actifs », au-delà des produits offerts en Bourse, par exemple, note M. d’Astous. Cela dit, « ça ne peut pas représenter la totalité de ton portefeuille, il faut que tu y ailles avec des pondérations qui ont du sens selon ton profil de risque ».« Bien que les actifs du marché privé soient moins liquides que les titres publics, cette caractéristique peut être avantageuse pour ceux qui cherchent à bénéficier d’une prime d’illiquidité », relève pour sa part RBC Gestion mondiale d’actifs.Chez Wealthsimple, on s’attend à « un rendement annualisé à long terme oscillant entre 10 % et 12 % (après déduction des frais) sur un horizon de plus de 10 ans ». Mais attention : « les rendements ne sont pas garantis […] et vous pourriez perdre une partie ou la totalité de votre capital », avertit l’entreprise.À qui s’adresse ce type de placement ?« Ça prend des gens qui ont une [grande] tolérance au risque, qui ont la capacité de bloquer des fonds dans quelque chose de risqué, qui est illiquide, et pour un certain moment », résume Philippe d’Astous. En d’autres mots, on s’adresse à des gens « qui ne vont pas être dans le pétrin si [la valeur de] leurs investissements baisse ».L’Autorité des marchés financiers surveille attentivement les marchés privés « afin de mieux comprendre leur développement au Québec et de déterminer si des interventions additionnelles sont nécessaires ». L’organisme en a fait une de ses priorités pour 2026-2027, ce qui laisse entendre que le secteur demeure passablement risqué.Malgré tout, le professeur « pense que c’est quelque chose qui pourrait gagner en popularité ». « Il y a un désir des gens d’avoir accès à ces sources d’investissement là qui, historiquement, sont très opaques et très difficiles à obtenir. »







