Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Antisémitisme Antisémitisme Antisémitisme Tribune Jean-Frédéric Schaub Historien Dans une tribune au « Monde », l’historien Jean-Frédéric Schaub note que si les stéréotypes antisémites progressent chez les partisans de La France insoumise et approchent désormais ceux des sympathisants du Rassemblement national, cela s’expliquerait par le recul de perception du juif comme « non autochtone » chez les seconds et sa progression chez les premiers. Publié aujourd’hui à 10h06 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) vient de publier son rapport annuel. A la page 307, on peut lire ce résultat : « L’enquête montre une montée de l’antisémitisme à l’extrême gauche et un certain recul de celui de l’extrême droite. L’adhésion aux vieux stéréotypes (…) a fortement progressé chez les proches de LFI [La France insoumise] (+ 10 points entre 2022 et 2025), tandis que, parallèlement, elle a baissé de 7 points chez les sympathisants du RN [Rassemblement national]. Si bien qu’aujourd’hui, on a une quasi parfaite courbe en U, avec un niveau d’adhésion au “vieil antisémitisme” similaire dans les deux groupes (respectivement 47 % et 48 %). » Ce constat d’une bascule mérite réflexion, d’autant que ce qui a été mesuré, ce sont bien les « vieux stéréotypes » du « vieil antisémitisme », selon les termes du rapport, et non pas le jugement moral sur les politiques conduites par l’actuel gouvernement israélien : il est, par exemple, demandé aux personnes interrogées de réagir à des phrases comme « Les juifs ont trop de pouvoir en France » ou « Les juifs ont un rapport particulier à l’argent ». Ce « vieil antisémitisme » s’est raidi lorsque l’espace chrétien européen s’est fragmenté en Etats-nations au XIXe siècle. Se produisit alors le croisement d’une tradition chrétienne antijuive avec la nécessité de définir les nations politiques modernes sur des fondements ethniques. Dans les perceptions antisémites, les juifs sont alors passés de la situation d’autochtones – étant présents depuis les temps médiévaux – à celui d’étrangers. Il faut bien mesurer ce qu’a pu signifier le fait de nier aux juifs d’Alsace ou de Provence leur appartenance à la France. Du point de vue de l’idéologie nationaliste, ils étaient porteurs d’une contradiction insoluble : ils étaient à la fois diasporiques et néanmoins autochtones. C’est justement cela qui a alimenté un antisémitisme qui dénonçait bien plus le caractère indétectable de la judaïté que son affichage. Le philosophe Vladimir Jankélévitch [1903-1985] a écrit des pages lumineuses sur le fait que presque rien ne sépare la minorité juive de la norme dominante. Et c’est bien cette absence de frontière visible qui exaspère l’antisémite, condamné à débusquer un ennemi invisible. Il vous reste 66.37% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.