Société Trois sénateurs formulent cinquante-six nouvelles recommandations pour lutter contre le risque d’ingérences intérieures et de manipulation de l’information, afin de préserver les médias d’information et mieux réguler les plateformes. Laurent Lafon (Union centriste), président de la commission de la Culture du Sénat, avec les sénatrices Agnès Evren (LR), à gauche et Sylvie Robert (PS), à droite, ont présenté le rapport sur les « zones grises de l’information ». Capture d’écran Sénat.fr Par Romain Colas - avec AFP Publié le 10 juillet 2026 à 15h33 Se prémunir contre des risques d’« ingérences intérieures » lors des campagnes de la présidentielle et des législatives en 2027 : voilà la préconisation faite ce jeudi par trois sénateurs, qui recommandent notamment de créer un observatoire en lien avec les plateformes où se diffuse de la désinformation. Contrairement au risque d’ingérences étrangères, celui d’une menace intérieure n’est « jamais évoqué par le gouvernement », a souligné devant la presse Laurent Lafon (Union centriste), président de la commission de la culture du Sénat. Avec ses collègues Agnès Evren (LR) et Sylvie Robert (PS), il a formulé cinquante-six recommandations dans un rapport sur les « zones grises de l’information » et la « régulation de l’information dans l’espace numérique », à l’issue de plusieurs mois de travaux et d’une cinquantaine d’auditions. La première des pistes avancées consiste à « créer, avant la prochaine élection présidentielle, un observatoire indépendant de la désinformation » interne, qui serait l’équivalent de Viginum (le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères). Car il n’existe pas d’outil équivalent pour détecter les manipulations d’origine intérieure, pointent les trois rapporteurs, citant l’exemple du « financement opaque de certains réseaux de think tanks ou de groupes d’activistes organisés », ou celui du « recours à des stratégies de communication coordonnées à des fins d’influence politique ». À lire aussi : Municipales 2026 : gare aux faux sites d’info qui se font passer pour la presse locale Cet observatoire indépendant qu’ils appellent de leurs vœux serait « alimenté par la société civile (associations, chercheurs, organismes de recherche) » et « chargé du lien avec les plateformes en cas de menace grave pour la qualité de l’information à l’approche des élections ». Il pourrait ainsi saisir la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle (CNCCEP) ou le régulateur de l’audiovisuel et du numérique (Arcom). Les sénateurs plaident pour renforcer les moyens techniques et humains de cette dernière autorité, avec cinq postes supplémentaires. Ils veulent aussi « rendre le droit européen plus offensif » et « encourager l’information de qualité », notamment grâce à un soutien financier aux créateurs de contenus d’information. Et souhaitent la création d’un fonds alimenté par les amendes versées par les acteurs du numérique, pour venir en aide à la presse. Ils reprennent plusieurs idées déjà évoquées dans d’autres rapports parlementaires, comme l’élargissement des règles des médias traditionnels à ceux en ligne, la transparence sur les investissements publicitaires numériques, ou l’interdiction des aides à la presse pour les médias recourant essentiellement à l’intelligence artificielle. YouTube, un “passager clandestin” Les sénateurs se sont également étonnés du partenariat conclu entre France Télévisions et YouTube, qui verra le groupe public y diffuser 20 000 heures de ses contenus d’information. « Est-il normal qu’un média de service public se sente obligé de confier une part croissante de son audience à une plateforme américaine qui prélèvera près de la moitié de ses recettes publicitaires, sans aucune obligation de garantir une véritable distinction entre une information vérifiée et des contenus complotistes ? », s’interroge Agnès Evren. Sylvie Robert a, elle, qualifié YouTube de « passager clandestin » puisqu’il n’est ni diffuseur, ni éditeur de contenus, et ne se voit donc imposer aucune obligation. Certaines de ces propositions seront traduites dans une proposition de loi sénatoriale à la rentrée. Les trois sénateurs espèrent ainsi faire pression, mobiliser le gouvernement et, à travers lui, l’Union européenne. L’exécutif doit lui-même présenter fin juillet un projet de loi contre les ingérences étrangères — dont le risque est jugé « très aigu » par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Qui a notamment proposé de tripler les peines visant les producteurs de « faux contenus d’information en période électorale ». À lire aussi : YouTube, Instagram, TikTok : quelles règles s’appliquent aux plateformes numériques en période électorale ? Société Numérique Parlement européen Sénat Plateformes Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. 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Désinformation : avant les élections, les sénateurs s’inquiètent des risques d’“ingérences intérieures”
Trois sénateurs formulent cinquante-six nouvelles recommandations pour lutter contre le risque d’ingérences intérieures et de manipulation de l’information, afin de préserver les médias d’information et mieux réguler les plateformes.









