© Wouter MaeckelbergheUn mardi soir de novembreAdolescent, Noseda tenait souvent la caisse du Beverly Screens. À cette époque, il y a vu des centaines de films, des "blockbusters" commerciaux comme des films d’art et d’essai. Cette expérience lui a non seulement transmis une passion du cinéma qui ne l’a jamais quitté -il étudiera plus tard le cinéma à Paris-, mais elle lui a aussi permis de rencontrer toute une génération de cinéphiles knokkois.Roger Nellens, par exemple, héritier de la famille à l’origine du casino de Knokke. Ironie de l’histoire, c’est précisément dans ce bâtiment que Noseda, bien après l’âge d’or de la famille Nellens, participera à la création de concepts tels que "Kitsch Club", le restaurant Calypso et le bar à cocktails italien Cicciolina. "Roger venait au Beverly Screens plusieurs fois par semaine", se souvient Noseda. "Quel homme généreux! Lorsqu’un film lui plaisait, il achetait immédiatement une centaine de billets pour les distribuer autour de lui, afin que les gens aillent le voir à ses frais.""J’aime Knokke en été et durant les vacances, mais un mardi soir de novembre, la station semble complètement désertée."Après sa disparition, Fort St-Pol, la maison de Roger Nellens située sur l’avenue du Zoute, a été vendue en 2018 à -eh oui- Bart Versluys. Celui-ci y a organisé une vente du mobilier et du contenu de la demeure, où il était notamment possible d’acquérir des œuvres d’art. "J’ai alors pu acheter quelques tableaux de Roger. C’est un beau souvenir de notre amitié", raconte Noseda. "Je me sentais vraiment chez moi à Fort St-Pol. Je revois encore les poneys qui se promenaient dans son jardin paradisiaque. Et je me souviens du poulet-compote qu’il préparait le dimanche pour ses invités. Quand j’étais petit, il m’invitait toujours aux événements qu’il organisait au casino." Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Noseda a récemment publié sur Instagram un portrait généré par l’IA le représentant aux côtés de Keith Haring. L’artiste américain a passé deux étés à Knokke, en 1987 et 1988, à l’invitation de Roger Nellens, précisément.À cette époque, Noseda n’était encore qu’un tout jeune enfant qui grandissait à Courtrai. Ce n’est qu’à l’âge de dix ans que l’entrepreneur de la nuit a déménagé à Knokke, lorsque ses parents ont entamé leur aventure dans le cinéma. "Vivre à Knokke n’a jamais été mon rêve ultime", reconnaît-il. "Plus je vieillis, plus l’endroit me donne l’impression d’être un village de vacances plutôt qu’un lieu où vivre à l’année. J’adore Knokke en été et pendant les vacances, mais un mardi soir de novembre, la station semble complètement désertée. Aujourd’hui, avec la fermeture du casino pour rénovation et le fait que le Cirque du Soleil ne fasse plus étape dans la commune lors de ses tournées mondiales, on assiste à un appauvrissement de l’offre. J’ai bien peur que Knokke ait été plus "rock’n’roll" autrefois qu’aujourd’hui. Plus les prix de l’immobilier augmentent, moins on tolère les événements qui, soi-disant, causent des nuisances. Les gens achètent ici une résidence secondaire coûteuse et élégante, mais ils ne veulent plus ni bruit ni passage. Si on veut que les gens continuent à venir à Knokke à l’avenir, il faut absolument proposer des initiatives attrayantes. Un lieu a besoin de cette effervescence; sans cela, il finit par s’éteindre."Lire aussiDu chic de WeCanDance à l’exubérance de Kamping Kitsch Club, John Noseda navigue avec aisance entre les extrêmes du monde des festivals.© Wouter MaeckelbergheTrésors cachésJusqu’à récemment, John Noseda vivait dans un magnifique appartement éclectique sur le Meir à Anvers, mais depuis deux mois, il habite dans la périphérie de Gand. "Pour ma petite fille, j’ai troqué la vie urbaine contre une maison avec un jardin. J’y suis très heureux", confie-t-il.On le comprend aisément. Dans le sous-sol entièrement aménagé de sa maison, il a trouvé de la place pour toutes ses passions actuelles. Un coin est consacré à des synthés vintage pour produire sa propre musique électronique, un autre abrite deux platines sur lesquelles il prépare ses DJ sets, sans oublier un "creative studio" dédié à Billion Avenue, la marque de bijoux qu’il a fondée en 2020 avec son épouse Julie Deaulmerie. "C’était la période du coronavirus et les festivals étaient à l’arrêt. Ma femme et moi avons donc lancé ensemble un projet à partir de zéro. Chez Billion Avenue, nous formons un véritable duo créatif: Julie s’occupe du design et de l’aspect visuel, tandis que je prends en charge le marketing et la communication", explique Noseda. "Max Colombie, le chanteur d’Oscar and the Wolf, porte nos bijoux.Tout comme Peggy Gou, la DJ, productrice et créatrice de mode sud-coréenne. La photographe Marie Wynants et la DJ Amelie Lens font également partie des artistes connus qui contribuent à booster notre notoriété."De tous les projets de Noseda, Billion Avenue est actuellement celui qui connaît la plus forte croissance. "Nous grandissons rapidement, nous vendons en ligne dans le monde entier et nos créations sont désormais disponibles dans 170 boutiques réparties dans huit pays. Bientôt, plusieurs grands magasins de luxe à Londres, Paris et Amsterdam viendront encore s’ajouter à cette liste. Jusqu’à l’an dernier, je n’aurais jamais osé en rêver, mais tout marche comme sur des roulettes." Cela ne signifie pas pour autant qu’un investisseur ou un associé discret soit entre-temps monté à bord: tous les projets de Noseda et de son équipe naissent au sein d’une petite communauté et se développent de manière entièrement organique. "Rien n’est financé par des capitaux externes", précise-t-il. "Et cela vaut aussi pour nos événements. J’ai déjà vu trop de festivals faire faillite parce qu’ils ont soudain voulu voir trop grand et se sont mis à programmer les artistes les plus prestigieux. Je privilégie les concepts de festival où l’ambiance et la scénographie comptent davantage qu’une affiche remplie de grands noms."Discobar NosedaCette croissance organique caractérise également les DJ sets de Noseda: ils ne reposent pas sur un enchaînement de tubes à cent à l’heure, mais sur le "groove" et l’énergie. Il est dans son élément lorsqu’il mêle disco, italo-disco, house et autres formes d’"electronic body music". Noseda agit comme un comprimé effervescent: derrière ses platines, il dégage un tel plaisir, une telle énergie et une telle positivité qu’il suscite invariablement l’euphorie sur la piste de danse. "Avec le cinéma, la musique est le fil rouge de ma vie. J’ai acheté mon premier vinyle à quinze ans: "Killer" d’Adamski. Mon père avait une discothèque mobile, et j’ai hérité de cette passion."John Noseda organise des soirées -comme "John The Club"- où il est lui-même aux platines. Mais il est également de plus en plus sollicité à l’international pour ses sets énergiques, jusqu’au mythique Berghain berlinois. "Mon temps devient plus précieux et les nuits plus difficiles", reconnaît-il. "J’ai tellement d’autres projets que je peux me permettre d’être très sélectif dans les demandes que j’accepte comme DJ. Je ne veux pas jouer en pilote automatique; je veux avant tout y prendre du plaisir."En tant que producteur de musique également, Noseda commence à se faire un nom. Son morceau "My Desire" est récemment sorti sous Running Back, le label de Gerd Janson, l’une de ses idoles absolues. "J’étais tellement fier quand il m’a demandé de créer un morceau pour son label! Il a tout de suite aimé ce que je lui ai envoyé", raconte Noseda avec enthousiasme.Par moments, on pourrait croire que sa vie entière n’est qu’une immense fête: "John the Party". Tout ce qu’il entreprend semble se transformer en or. Même s’il y a bien sûr eu des projets moins heureux, comme le Knokke Fashion Weekend, qui s’est révélé impossible à maintenir sans subsides. Il n’est d’ailleurs plus non plus impliqué dans WeCanDance. S’il a participé à la création du festival en 2013, il a vendu ses parts en 2021. "Ma vision ne correspondait plus à celle des autres actionnaires", se souvient-il. "J’ai décidé de laisser partir mon bébé et de me consacrer à de nouveaux projets."Lire aussi© Wouter MaeckelbergheSous le radarPrenons Kamping Kitsch Club, un festival qui est à peu près l’exact opposé de WeCanDance. "Avec WeCanDance, nous avons toujours visé la perfection", explique Noseda. "Les plus belles tentes, la meilleure cuisine de festival signée par des chefs étoilés, les DJ les plus exclusifs: tout devait être résolument "premium". Kamping Kitsch Club, en revanche, est né comme une soirée costumée de fin de saison organisée pour le fun au Kitsch Club. Lors de la première édition, une cinquantaine de personnes se sont présentées, avec notamment Jan Hoet Junior et Filip Arickx (du duo de créateurs de mode A.F. Vandevorst) aux platines. Aujourd’hui, c’est devenu la plus grande fête costumée de Belgique et des Pays-Bas. Avec les tentes les moins chères, une restauration simple et une ambiance populaire, nous attirons 30.000 visiteurs belges et 10.000 néerlandais."Bien que Noseda soit cofondateur de Kamping Kitsch Club, il préfère rester discret à ce sujet. L’événement correspond moins à l’image, aux goûts musicaux et à la personnalité qu’il cultive aujourd’hui. C’est précisément parce qu’il dégage quelque chose de spontané, d’énergique, d’authentique et d’accessible que des marques comme Campari, Samsung, Uniqlo ou Get Driven font régulièrement appel à lui pour des campagnes et des collaborations. "Uniqlo a été une surprise, car je n’ai absolument pas un physique de mannequin ni un torse sculpté!", s’exclame- t-il en riant. "Je n’ai jamais été sportif. Autrefois, je préférais consacrer mon temps libre au "DJing" plutôt qu’à la salle de sport. Quand mes amis allaient jouer au tennis ou faire du vélo, moi, je restais à la maison pour mixer. Beaucoup de DJ de ma génération ont disparu de la scène entre-temps. Je suis fier de constater que ma musique parvient encore à séduire les plus jeunes générations."Le Da Vinci CodeVoilà déjà un quart de siècle que John Noseda marque de son empreinte les étés knokkois. Ces quatre dernières années, il l’a fait de manière particulièrement visible grâce à la concession de la plage événementielle, qui arrive aujourd’hui à son terme. "Avec Thomas Van Hoof et Christophe Glorieux, nous y proposons une offre très diversifiée", explique-t-il. "D’Axelle Red et Clouseau au festival de danse Paradisco, en passant par "80s Riviera", le concept bruxellois "Hangar On The Beach", le cinéma en plein air ou encore le yoga sur la plage." Il y a exactement 25 ans, Noseda faisait ses premiers pas dans l’événementiel à Knokke. À seize ans à peine, il organisait déjà, avec deux amis, ses premières soirées "Full Beach" au Surfers Paradise. "Plus tard, lorsque nous avons commencé à organiser des fêtes sous le nom de Beaubar au Knokke Out, 2.000 personnes se sont immédiatement déplacées."Pourtant, Noseda est parti étudier le cinéma à Paris. Mais lorsqu’on lui a proposé, en 2004, de travailler sur le tournage de "The Da Vinci Code", l’offre ne rapportait guère plus de 300 euros par mois. "Pour cette somme dérisoire, je devais préparer le café, gérer la circulation et commander des viennoiseries pour Tom Hanks et toute l’équipe", se souvient-il. "Cela me donnait l’impression d’un plan B. D’autant qu’à cette époque, alors que j’étais très jeune, j’organisais déjà régulièrement des soirées au Djoon, un club parisien."C’est finalement la vie nocturne qui allait tracer sa voie. À 24 ans, fraîchement diplômé, il se voit offrir l’opportunité d’ouvrir sa propre discothèque au casino de Knokke: Kitsch Club. Celle-ci donnera plus tard naissance à un pendant anversois, Magic, et à un petit frère gantois, Club 69. C’est dans ce même vivier créatif que verront successivement le jour WeCanDance, Kamping Kitsch Club, Calypso, Cicciolina, Paradisco et, désormais, "80s Riviera". Ceux qui connaissent un tant soit peu John Noseda le savent: cette liste est loin d’être exhaustive. "Toute ma vie n’est qu’une succession de hasards", relativise-t-il. "L’essentiel est de savoir repérer les opportunités. Et de s’amuser à fond.""80s Riviera", le 11 juillet sur la plage événementielle de Knokke-Heist | @80srivieraLire plusTim De Taeye, l’architecte qui réinvente le Zoute Grand PrixEnvie de visiter Knokke? Voici les lieux à ne pas manquerÀ Knokke, découvrez la nouvelle maison de l’architecte d’intérieur Charlotte Vercruysse