Passons d’entrée aux choses sérieuses et à la question qui est sur toutes les lèvres : pis, la perruque ? Réponse (sur un ton découragé et surtout triste, parce que Dwayne Johnson est quand même aimé et que Moana, le film d’animation original, est une perle) : « Si c’était le seul problème… »Pas que cette adaptation en prises de vues réelles (la 25e à sortir de l’usine Disney) soit mauvaise : les bases du film — son essence, son cœur — sont toujours là. Telles que posées et développées il y a 10 ans (à peine 10 ans !). Par le scénariste Jared Bush (qui est de retour : une chance, tout son boulot est là), à qui s’est ajoutée (pour la forme ?) Dana Ledoux Miller, qui a commis avec lui le bancal Moana 2. Et par les troupes d’animateurs menées par les réalisateurs John Musker et Ron Clements — qui, eux, ont pris le bord au profit de Thomas Kail (surtout connu pour la mise en scène de comédies musicales), lequel fait un travail de bon élève en suivant pas à pas les traces de ses prédécesseurs.
L’équipe originale avait accouché d’une œuvre remarquable et d’un vibrant hommage à la culture polynésienne. Et, honnêtement, quand on a vu le « vrai » Moana des dizaines de fois (ce qui est le cas pour qui a des enfants ou des petits-enfants), cette nouvelle version n’apporte rien de plus, en contenu comme en contenant. L’histoire et l’animation originelles ont en effet bien vieilli (elles n’ont pas eu le temps de faire autrement, on n’est pas dans un cas de figure à la The Jungle Book ou même Beauty and the Beast, où 50 et 25 ans ont passé entre la sortie initiale et le remake).Alors, on passe la projection à se demander « pourquoi ».Cling-clingLa réponse se trouve (au moins en partie) dans le succès phénoménal qu’ont obtenu ces productions, surtout dans les débuts, véritables résurrections de classiques qui n’auraient pas « parlé » aux nouvelles générations. Et celui, hallucinant, de Lilo & Stitch : sorti l’an dernier, le film de Dean Fleischer Camp a rapporté plus d’un milliard. De quoi mettre du baume sur les échecs de l’atroce Pinocchio et du (multi)problématique Snow White.Naviguant dans le sillage bien net tracé par le « vieux » film, donc, Moana mène la quête que l’on sait. La jeune fille est incarnée par Catherine Laga’aia, à la voix splendide, mais moins à l’aise côté jeu ; son personnage est plus terne et moins ardent que l’original. Face à elle, celui dont elle a besoin pour sauver son île et son peuple : le demi-dieu Maui. Dwayne Johnson reprend son rôle (yé !), mais, sous les kilos de perruque et de combinaison lui ajoutant muscles et tatouages, il perd en panache, en bravache, en énergie, en… légèreté, quoi.Autour d’eux, les décors, certains franchement laids, hurlent « écran vert » ! Quant aux créatures marines, au monstre Tamatoa (retour de la voix de Jemaine Clement), à la déesse Te Fiti et au démon Te Kā, ils renvoient aussi sec aux origines de l’œuvre (pour le dénouement en particulier) puisqu’ils ont été créés en images de synthèse. Retour à l’animation. D’où cette impression de serpent qui se mord la queue. De tourner en rond.On en revient à « pourquoi ». Et on devine la réponse.











