C'est une annonce que Kiev attendait depuis longtemps. Le président américain Donald Trump a déclaré, mercredi 8 juillet depuis le sommet de l'Otan, que les États-Unis accorderaient à l'Ukraine la licence pour fabriquer les missiles Patriot - une aide importante pour renforcer sa défense antiaérienne. Volodymyr Zelensky a plaidé de longue date pour que l'Ukraine obtienne le droit de fabriquer ce système de missiles sol-air, l'une des seules armes véritablement efficaces pour contrer les projectiles balistiques russes, difficiles à intercepter en raison de leur vitesse élevée. Symptôme de cette faiblesse, les responsables ukrainiens ont indiqué le même jour que la capitale, Kiev, avait été à nouveau la cible d'une attaque de missiles au cours de la nuit - la troisième en moins d'une semaine."Nous allons vous accorder une licence pour fabriquer des Patriot", a indiqué Donald Trump depuis Ankara. "C'est plutôt cool. Comme ça, vous ne pourrez pas vous plaindre que nous n'en donnons pas assez", a déclaré le président américain lors d'une rencontre avec son homologue ukrainien. "C'est une arme défensive, je préfère cela à une arme offensive", a-t-il ajouté.Un ton qui contraste avec celui affiché par le président américain au début de son mandat, celui-ci s'étant montré particulièrement rude avec Volodymyr Zelensky, cherchant à le contraindre à accepter un accord asymétrique avec la Russie. Depuis peu, Washington, qui espère un accord rapide avec la Russie pour mettre fin à la guerre, a légèrement durci le ton contre Vladimir Poutine, et accepté de renforcer son soutien à l'Ukraine. Ces derniers mois, Moscou a intensifié sa guerre aérienne contre Kiev, alors que ses avancées terrestres patinent, et que les attaques de drones ukrainiens contre sa logistique militaire et son industrie pétrolière ont provoqué des pénuries de carburant.Olha Stefanishyna, ambassadrice d'Ukraine à Washington, a déclaré que la réunion d'Ankara avait envoyé "plusieurs signaux stratégiques importants" concernant la collaboration entre les États-Unis et l'Ukraine et a ajouté qu'elle espérait transformer ces signaux en décisions concrètes. Besoins à court termeNéanmoins, en attendant la mise en place de ce processus de production, qui pourrait s'avérer long et fastidieux, on ignore si des intercepteurs pourraient être envoyés à Kiev à court terme. "Accorder à l'Ukraine une licence pour produire des systèmes Patriot serait une avancée majeure si cela se produisait", a déclaré Michael McFaul, ancien ambassadeur des États-Unis en Russie, sur la chaîne X. "Mais l'Ukraine a besoin d'intercepteurs de missiles de défense dès maintenant et ne peut pas attendre leur production future".Interrogé sur la possibilité que les États-Unis envoient immédiatement des intercepteurs Patriot supplémentaires, Donald Trump a déclaré que "certains" pourraient être envoyés, mais s'est montré timide. "Nous avons des Patriot, mais pas en grand nombre. Nous en avons besoin pour nous aussi", a-t-il indiqué. Les stocks mondiaux sont en effet mis à rude épreuve par les multiples conflits, notamment la guerre contre l'Iran, qui a épuisé les réserves américaines, et accru la demande des pays du Golfe afin de se protéger des représailles iraniennes."Je pense que vous pourrez en produire assez rapidement", a évacué le président américain. "Une fois que nous vous aurons expliqué le projet, nous ferons venir l'entreprise ici. Vous travaillerez avec elle. Ils ont une grande capacité à produire des armes, des armes assez complexes. (...) Nous n'en avons pas encore informé l'entreprise, mais tout devrait bien se passer", a-t-il déclaré.Défi industrielMais faire produire des missiles Patriot pour l'Ukraine s'avère un défi de taille. Déjà, car même si Volodymyr Zelensky a "toujours affirmé que les Ukrainiens étaient capables de produire eux-mêmes de telles armes", pour reprendre ses mots, toute usine de ce type déployée en Ukraine constituerait une cible évidente. C'est pourquoi des proches du dossier ont confié à Reuters que les missiles seraient probablement fabriqués en Allemagne - l'un des seuls pays avec le Japon à avoir obtenu une autorisation des Etats-Unis pour leur fabrication.Le processus pourrait s'avérer long et bureaucratique : "Le département d'État est chargé d'approuver le transfert d'armes des États-Unis vers d'autres pays, ainsi que de délivrer les licences nécessaires conformément à une procédure d'examen prévue par la loi fédérale. Cette même loi autorise le président à déroger à ces procédures en cas d'urgence liée à la sécurité nationale", explique le New York Times, qui précise toutefois qu'on ne sait pas si Donald Trump a prévu d'activer ces mécanismes d'urgence.De plus, parvenir à se fournir les différents composants constituera également un processus long. Si les Patriot sont aujourd'hui fabriqués par les entreprises RTX et Lockheed Martin, de nombreux éléments complexes sont fabriqués par des sous-traitants. "Fabriquer des missiles Patriot en Ukraine, pays ravagé par la guerre, et ce à grande échelle, représenterait un défi de taille. Le missile PAC-3, capable d'intercepter des missiles balistiques et coûtant environ 5 millions de dollars l'unité, est l'une des armes de défense aérienne les plus perfectionnées au monde", remarque Bloomberg. D'où le temps nécessaire à fabriquer ces armes : plusieurs mois ou années, selon les spécialistes. A titre d'exemple, l'Allemagne, qui a annoncé un projet de production de missiles Patriot en 2024, n'attend ses premiers intercepteurs qu'en 2027.C'est ce qui fait dire au directeur exécutif de l'Association nationale des industries de défense ukrainiennes que l'annonce de Donald Trump est plutôt "un signal politique de soutien à l'Ukraine", alors que la guerre s'éternise, qu'une garantie d'aide militaire à court terme, a indiqué Serhii Honcharov au New York Times. De son côté, Kiev tente de poursuivre le développement de son industrie militaire. La société Fire Point, connue pour ses drones d'attaque, a annoncé son intention de produire un système de défense antimissile national. Elle a ainsi indiqué le mois dernier avoir entamé des négociations avec des fabricants européens pour l'acquisition de composants.