Monde AmériquesGéopolitique. Donald Trump a ciblé l’Espagne au sommet de l’Otan, promettant de couper les échanges commerciaux avec Madrid sur fond de tensions militaires et diplomatiques. Par Marion ProstPublié le 08/07/2026 à 20:28Le président américain Donald Trump s'adresse aux médias à l'issue de sa participation au sommet des dirigeants de l'OTAN à Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026.REUTERS / Yves HermanDonald Trump avait déjà plusieurs dossiers à distribuer au sommet de l’Otan à Ankara : l’Iran, le Groenland, les dépenses militaires européennes, les alliés jugés insuffisamment mobilisés. Mais mercredi 8 juillet, c’est l’Espagne qui a concentré ses attaques. Aux côtés du secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, le président américain a accusé Madrid de ne pas assez participer aux dépenses de défense de l’Otan. Puis il a affirmé vouloir "cesser tout échange commercial" avec le pays. La facture militaireLa déclaration a été faite devant les caméras, sous forme d’instruction adressée à son secrétaire du Trésor, Scott Bessent. Donald Trump a qualifié l’Espagne de "cause perdue", affirmé ne plus vouloir "faire affaire" avec elle, et accusé Madrid de traiter Mark Rutte "terriblement". Le premier reproche porte toutefois sur les dépenses militaires. Donald Trump veut pousser les alliés de l’Otan à consacrer 5 % de leur PIB à la défense. L’Espagne, elle, affirme pouvoir respecter ses engagements avec 2,1 % du PIB. Madrid rappelle aussi avoir augmenté sa contribution et participé à plusieurs missions de l’Alliance. Selon les éléments rapportés par le journal El País, le pays a notamment confirmé son engagement dans une opération en Finlande destinée à défendre l’Atlantique et l’Arctique. Le désaccord ne porte donc pas sur la présence espagnole dans l’Otan, mais sur la manière de chiffrer l’effort demandé. Un second sujet s’ajoute au premier : l’Iran. Washington reproche à l’Espagne, frontalement opposée à la guerre en Iran, de ne pas avoir facilité l’usage de certaines bases américaines en Andalousie, notamment Morón et Rota, dans le cadre des opérations menées au Moyen-Orient. Pedro Sánchez avait critiqué la stratégie américaine, qualifiée d’erreur "extraordinaire". Le dossier espagnol mêle donc deux griefs : l’effort budgétaire et l’alignement politique. La réponse espagnoleFace à cette séquence, Madrid a choisi de ne pas répondre sur le même ton. Le gouvernement espagnol dit accueillir les propos de Donald Trump "avec calme". Pedro Sánchez a insisté sur des relations "très positives" entre l’Espagne et les États-Unis, en rappelant leurs liens sociaux, culturels, économiques et militaires. Il a même raconté qu’après la conférence de presse, il avait croisé Donald Trump et échangé avec lui sur le football et le golf. Cette retenue tient aussi à un point juridique central : une rupture commerciale visant uniquement l’Espagne serait difficile à appliquer. L’Espagne appartient à l’Union européenne, et la politique commerciale relève de la Commission européenne. Un État membre ne peut donc pas être traité comme un partenaire commercial isolé du reste du marché unique. Pour prendre une mesure commerciale contre Madrid, Washington devrait se confronter au cadre européen. Ce détail institutionnel n’a rien de secondaire : il limite fortement la portée concrète de la menace américaine. Bruxelles répondLa Commission européenne a d’ailleurs répondu rapidement. Un porte-parole de l’exécutif européen a assuré que Bruxelles "veillera toujours" à protéger les intérêts de l’Union et de tous ses États membres. Il a aussi rappelé que les échanges entre l’Union européenne et les États-Unis sont "profondément intégrés", et demandé à Washington de respecter les engagements pris dans l’accord commercial conclu avec l’UE. Mark Rutte a finalement cherché à ménager les deux lignes du sommet : le secrétaire a salué la pression américaine sur les dépenses militaires, tout en rappelant que l’Espagne avait réalisé un "grand pas" l’an dernier et progressait vers les 2 %. Surtout, Madrid dispose d’un argument difficile à balayer : selon l’exécutif espagnol, les États-Unis vendent davantage à l’Espagne qu’ils ne lui achètent. Une rupture commerciale viserait donc un allié, un État membre de l’Union européenne, mais aussi un marché où Washington est loin d’être perdant.