L’administration Trump a engagé, depuis son retour à la Maison-Blanche, un vaste démantèlement de la réglementation sur les armes à feu aux États-Unis. Selon les informations des journaux américains, le New York Times et le Washington Post, plus de 34 mesures sont actuellement en cours de suppression par le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (A.T.F.), l’agence chargée de faire appliquer la législation sur les armes. Parmi elles, on retrouve l’abandon de la politique de "zéro tolérance" concernant les armuriers qui enfreindraient la loi, mais aussi le relèvement du seuil à partir duquel l’A.T.F. peut retirer leur licence ou encore l’assouplissement des restrictions visant certains acheteurs souffrant de troubles mentaux. La plupart de ces propositions ont été rédigées par Robert Leider, nouveau conseiller juridique de l’A.T.F. nommé par l'ancienne ministre de la Justice, Pam Bondi.Cette réforme est présentée par l’administration du président d’extrême droite comme un retour au cadre réglementaire en vigueur avant la présidence de Joe Biden. Lors de sa campagne en 2024, Donald Trump s’était engagé à devenir "le meilleur ami des propriétaires d’armes" à la Maison-Blanche. Avant de signer, peu après son investiture, un décret demandant au ministre de la Justice d’examiner ce qu’il qualifie "d’atteintes continues" aux droits garantis par le Deuxième amendement de la Constitution américaine. Antécédents mentaux, envoi par la poste et vérification d’identité en ligneDepuis mai 2025 déjà, l’A.T.F. a mis fin à la politique de "zéro tolérance" envers les armuriers, qui avait été instaurée sous Joe Biden après plusieurs tueries de masse. Celle-ci avait permis de retirer la licence de 600 marchands d’armes ayant notamment falsifié des registres, omis des contrôles d’antécédents ou vendu des armes à des personnes interdites d’en posséder. Selon le New York Times, l’agence A.T.F. envisagerait désormais le rétablissement du "gun show loophole", cette faille qui permettrait à certaines ventes d’armes, notamment lors de foires aux armes ou entre particuliers, d’échapper à l’obligation de vérification des antécédents pour les acheteurs. Et la grande réforme de Donald Trump dépasse le cadre des armureries. Toujours selon le NYT, le département des Anciens combattants a supprimé, en février dernier, l’interdiction d’achat d’armes pour les vétérans placés sous tutelle financière et a commencé à retirer leurs signalements de la base de données du F.B.I. Le service postal américain a, de son côté, proposé d’autoriser l’expédition de pistolets par courrier, remettant en cause une interdiction en vigueur depuis près d’un siècle. Parallèlement, l’administration trumpiste conteste devant les tribunaux plusieurs lois adoptées par des États démocrates, comme les restrictions sur les fusils semi-automatiques au Colorado ou en Virginie, ou les limitations sur les pistolets Glock ou assimilés en Californie. La loi devrait aussi être assouplie pour les propriétaires de mitrailleuses et de fusils à canon court, lors de leurs déplacements entre États américains. La traçabilité des acheteurs s'apprête elle aussi à être affaiblie. Les registres de vente, qui devaient jusqu’ici être conservés définitivement en armurerie, ne devront désormais plus être conservés que pendant 20 à 30 ans. Dernier changement de taille : dans certains cas, il pourrait bientôt être possible aux États-Unis de vérifier l’identité d’un acheteur en ligne plutôt qu’en personne.Le fils de Donald Trump pourrait en profiter En supprimant ces barrières de sécurité, Donald Trump pourrait ne pas seulement chercher à contenter sa base électorale Maga. Selon le Washington Post, une société américaine nommée GrabAGun, spécialisée dans la vente d’armes et de munitions en ligne, espère elle aussi profiter de ces assouplissements. L’entreprise, qui ambitionne de devenir "l’Amazon des armes", pourrait notamment voir son modèle économique prospérer si la proposition de l’administration Trump visant à autoriser les vérifications d’identité et les contrôles d’antécédents en ligne, voire à faciliter l’expédition directe de certaines armes aux acheteurs, se concrétise.Peu s’en étonnent : GrabAGun n’est pas une entreprise comme les autres. Son conseil d’administration compte Donald Trump Jr., fils du président américain, qui agit également comme consultant pour la société depuis décembre 2024. Avec une participation d’environ 1,1 % dans l’entreprise, il pourrait directement profiter d’une hausse de sa valeur si les ventes d’armes en ligne progressent grâce aux réformes envisagées par l’administration de son père. Une proximité largement pointée du doigt par les organisations de défense de l’éthique publique. La Maison-Blanche et Trump Jr. contestent de leur côté ces accusations, affirmant que les changements proposés répondent uniquement à la volonté de protéger le droit constitutionnel de posséder une arme.Des risques reconnus jusque dans les documents officielsCertains rapports internes du gouvernement Trump reconnaissent pourtant eux-mêmes, selon les informations du New York Times, que ces mesures pourraient avoir des effets dangereux sur la sécurité de la population. Un document issu de l’A.T.F. estime notamment qu’elles "iraient jusqu’à augmenter la probabilité d’événements causant des victimes en masse", notamment en facilitant l’accès aux armes pour les personnes ayant des antécédents de troubles mentaux ou en assouplissant les restrictions sur les "stabilizing braces", des accessoires déjà utilisés lors de fusillades de masse.Ces réformes divisent profondément les acteurs du débat sur les armes à feu. Kris Brown, présidente de la Brady Campaign to Prevent Gun Violence, estime qu’elles "ramènent le pays cent ans en arrière" et affaiblissent fortement la capacité de régulation de l’A.T.F. À l’inverse, Mark Oliva, porte-parole de la National Shooting Sports Foundation, affirme qu’elles apportent davantage de clarté réglementaire aux fabricants et vendeurs d’armes. Même parmi les défenseurs des droits des propriétaires d’armes, certains jugent les mesures insuffisantes : Erich Pratt, de Gun Owners of America, appelle à aller plus loin en supprimant notamment l’obligation faite aux armuriers de conserver indéfiniment les registres des ventes, instaurée en 2022.Ces propositions font l’objet d’une consultation publique. Avant leur adoption, les particuliers, associations ou industriels disposent de 90 jours pour transmettre leurs observations à l’administration, soit jusqu’aux environs du 6 août. À l’issue de cette période, l’A.T.F. pourra maintenir, modifier ou abandonner les mesures proposées. Ces changements étant adoptés par voie réglementaire et non votés par le Congrès, une future administration aura la liberté de les annuler et de rétablir les règles supprimées. Le ministère de la Justice affirme toutefois avoir veillé à ce que ces nouvelles dispositions reposent sur une base juridique suffisamment solide pour résister à d’éventuels recours.
Donald Trump lance une dérégulation historique des armes, et son fils pourrait en profiter
L’administration Trump veut supprimer des dizaines de règles encadrant les armes à feu et la sécurité liée aux armes aux États-Unis. Parmi les entreprises susceptibles d’en profiter figure GrabAGun, une société liée à Donald Trump Jr.











