Quentin JorisResponsable du service Économie/politique07 juillet 2026Aujourd'hui à 15:03La justice a peut-être fermé la route de l'Élysée à Marine Le Pen. Elle n'a pas refermé celle qui mène l'extrême droite aux portes du pouvoir.La justice a tranché: Marine Le Pen a été condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, par la cour d'appel de Paris. Elle pourrait a priori être candidate à la présidentielle, mais la décision de lui imposer un an de bracelet électronique semble rendre ce scénario plus complexe.Précédemment, la cheffe de file du Rassemblement National (RN) avait en effet conditionné sa candidature à l’absence d’une condamnation au port d’un bracelet. Si elle s’en tient à ce qu’elle avait annoncé, son avenir présidentiel s’envolera tandis que Jordan Bardella deviendra l’atout maître de l’extrême droite pour accéder à l’Élysée.Importante, cette décision ne modifie toutefois pas fondamentalement la donne. Depuis de nombreux mois, Bardella est en effet donné au second tour par les sondages. C’est un fait: son courant politique est plus proche que jamais du pouvoir, une situation à ne surtout pas banaliser.Inégalitarisme, nationalisme et sécuritarismePassées maîtresses dans l'art de transformer la méfiance en rejet et de polariser les débats sociétaux, les formations d’extrême droite constituent toujours une menace pour nos démocraties. Et, si le vernis est plus présentable, leurs idées maîtresses restent dangereuses. Inégalitarisme, nationalisme et sécuritarisme, ces trois éléments figurent toujours en bonne place dans leur bréviaire. Qu’elles soient incarnées par un trentenaire ou l’héritière du parti n’y change quasi rien.Soyons clairs: minimiser le pouvoir de nuisance du RN constituerait une erreur, comme blâmer ses électeurs. Au lieu de placer ces derniers dans des cases, il convient d’œuvrer à comprendre leurs motivations. Pourquoi sont-ils séduits par ces sirènes? L’inquiétude face au déclassement, une défiance envers les institutions et une perte de confiance dans la classe politique traditionnelle pèsent évidemment lourd. Au lieu de refuser de l’entendre, les opposants au RN gagneraient à aborder frontalement ces questions.Les travers de la globalisation économique, les potentiels effets pervers de nos systèmes méritocratiques ou encore les inégalités dans nos sociétés occidentales mériteront, elles aussi, un débat serein et argumenté. La classe politique française n’a plus le choix: elle se doit de confronter l’extrême droite et de répondre aux préoccupations de ses citoyens. Cela impliquera également d’aborder les sujets qui fâchent, qu’ils soient sécuritaires ou sociétaux. Ne pas le faire, se complaire dans le déni ou une forme de couardise, équivaudrait à offrir un boulevard aux extrêmes, rien de moins.Quant à ceux qui seraient tentés de relativiser le danger, aux tenants d’un changement radical, rappelons que les risques sont réels. Là où elle accède au pouvoir, l’extrême droite ne fait pas de figuration.L’essayer n’est pas une option, mais un piège. Une fois installée, elle sapera les contre-pouvoirs, s’attaquera aux libertés publiques et remettra en cause le projet européen. La meilleure façon de la contenir n'est pas de nier les inquiétudes qu'elle exploite, mais bien d'y répondre, et ce, sans renoncer aux principes de l'État de droit.
Édito | Avec ou sans Le Pen, le défi de l’extrême droite demeure
La justice a peut-être fermé la route de l'Élysée à Marine Le Pen. Elle n'a pas refermé celle qui mène l'extrême droite aux portes du pouvoir.











