Monde Proche et Moyen-OrientGuerre au Moyen-OrientProche-Orient. Le mouvement islamiste a annoncé la dissolution de son gouvernement à Gaza. Une décision inédite qui soulève autant d’espoirs que de questions sur son application.Publié le 07/07/2026 à 12:14Malgré l'annonce de la dissolution de son gouvernement, le Hamas affirme qu'il conservera ses armes tant que l’armée israélienne continuera d’occuper plus de 60 % de la bande de Gaza.REUTERSAprès près de vingt ans de pouvoir sur la bande de Gaza, le Hamas dit être prêt à tourner une page. Le mouvement islamiste a annoncé, lundi 6 juillet, la dissolution de son gouvernement de fait et proposé de transférer l’administration du territoire au Comité national pour l’administration de Gaza (CNAG), une structure de technocrates palestiniens créée dans le cadre d’un plan soutenu par les États-Unis.Présentée comme une avancée vers une gouvernance civile de l’enclave, cette annonce pourrait marquer un tournant politique majeur. Mais elle ne répond pas à la principale exigence d’Israël et de Washington : le désarmement du Hamas. Le mouvement affirme au contraire qu’il conservera ses armes tant que l’armée israélienne continuera d’occuper plus de 60 % de la bande de Gaza et que le cessez-le-feu restera, selon lui, régulièrement violé.Dans les faits, le transfert de pouvoir reste largement hypothétique. Le CNAG, auquel le Hamas propose de remettre les rênes de Gaza, n’a jamais pu exercer ses fonctions : depuis sa création en janvier dernier, à la suite d’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, Israël lui interdit l’accès au territoire. Le président du CNAG, Ali Shaath, s’est déclaré "pleinement prêt" à prendre ses fonctions dès que les moyens nécessaires seront réunis. Sans calendrier précis. Un coût politique limitéDe son côté, le chef de l’administration du Hamas, Mohammed al-Farra, a annoncé sa démission et assuré que le mouvement cesserait toute influence politique sur la gouvernance. Les ministères, en revanche, continueront de tourner avec les fonctionnaires déjà en poste dans l’attente de l’arrivée du comité. Le Hamas précise également qu’il continuera d’honorer les missions de sécurité et de maintien de l’ordre dans les zones qu’il contrôle encore.Certains analystes estiment ainsi que le coût politique de cette décision reste limité pour le Hamas. Celui-ci "a dissous son gouvernement, mais n’a pas renoncé à son contrôle sécuritaire", souligne la politologue palestinienne Reham Owda auprès de L'Orient-Le Jour. Selon elle, le mouvement cherche avant tout à faire échec aux tentatives israéliennes de le désarmer, notamment en empêchant les habitants des zones qu’il contrôle de se déplacer vers l’autre côté de la "ligne jaune", qui délimite près de 60 % de la bande de Gaza sous contrôle israélien. Il espère également préserver son influence dans la future gouvernance de l’enclave en obtenant l’intégration de ses fonctionnaires et de sa police au sein des nouvelles institutions.Israël dénonce "une ruse"Par ailleurs, les autorités israéliennes, elles, n’ont accordé aucun crédit à cette annonce. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a estimé que la volonté affichée du Hamas de "laisser la place" à un gouvernement de technocrates n’était qu’une "ruse" destinée à éviter son désarmement. "Tant que le Hamas conservera ses armes, tout gouvernement civil agira nécessairement selon les diktats du Hamas", a-t-il écrit sur X. Israël maintient ainsi sa ligne rouge : la mise en œuvre du plan soutenu par Washington passe, selon l'Etat hébreu, par le désarmement complet du mouvement islamiste.Cette annonce intervient alors que la situation humanitaire demeure dramatique sur le territoire. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 73 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023. Les troupes israéliennes contrôlent désormais plus de 60 % de la bande de Gaza, tandis que la quasi-totalité des deux millions d’habitants a été déplacée par les combats et vit dans des conditions extrêmement précaires. Dans ce contexte, la dissolution du gouvernement du Hamas constitue sans doute le geste politique le plus important du mouvement depuis son arrivée au pouvoir. Mais tant que demeureront sans réponse les questions du désarmement, du contrôle du territoire et du retrait israélien, cette annonce pourrait rester davantage un signal politique qu’un véritable tournant sur le terrain.