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ReportageC’est un pan occulté de la mémoire de ce département du sud-ouest de la France. Des centaines de familles juives ont été livrées aux nazis par les autorités françaises. Les parents de Pierre Feigl en faisaient partie. Lui a échappé à la rafle. Au début des années 2000, Gisèle Polya-Somogyi, une professeure de lettres, tombe sur ses carnets intimes d’adolescent et entame un énorme travail de reconstitution des événements.
Du haut de son « pigeonnier », un petit bureau sombre perché au-dessus des collines gersoises à côté d’Auch, Gisèle Polya-Somogyi, 84 ans, s’installe derrière son ordinateur. Soudain, son visage ridé s’illumine. Ce 20 mars, elle vient de recevoir une énième notification venue des Etats-Unis : « Encore une question. » Elle rajuste ses grandes lunettes carrées, empile sur son vieux bureau en bois dix carnets d’écolier griffonnés à la main et tapote tranquillement sur son clavier : « Bonjour Pierre, je réponds tout de suite. »
A 6 000 kilomètres de là, de l’autre côté de l’Atlantique, dans sa maison du Maryland, au nord de Washington, un homme né au début du siècle dernier dans la bourgeoisie allemande a besoin d’être rassuré. A 97 ans, la mémoire de Pierre Feigl vacille et, depuis quelques jours, un souvenir le tracasse : quel est le nom du passeur qui lui a permis de franchir la frontière suisse pour fuir la France, le 22 mai 1944 ? « Tu t’en souviens, Gisèle ? »






