Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Histoire des États-Unis Histoire des États-Unis Histoire des États-Unis Tribune Elisabeth Landi Professeure d’histoire Elisabeth Landi, professeure d’histoire, estime, dans une tribune au « Monde », que les célébrations marquant la naissance des Etats-Unis devraient pleinement intégrer la mémoire des combattants noirs ayant versé leur sang pour une révolution qui ne remettait nullement en cause l’institution esclavagiste. Publié aujourd’hui à 09h30 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Deux cent cinquante ans après la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, le monde s’apprête à célébrer l’un des événements fondateurs de l’histoire contemporaine. Le 4 juillet 1776 marque la naissance d’une nation nouvelle qui proclame que « tous les hommes sont créés égaux » et possèdent des droits inaliénables, au rang desquels figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Pourtant, derrière cette célébration légitime, un silence persistant demeure. Parmi les artisans de l’indépendance américaine figurent des hommes dont les noms apparaissent rarement dans les cérémonies officielles, les manuels scolaires ou les récits nationaux. Ils étaient noirs. Beaucoup étaient esclaves. Ils venaient de Saint-Domingue. En 1779, des centaines d’hommes noirs libres et d’esclaves affranchis ou promis à l’affranchissement furent intégrés au corps expéditionnaire envoyé par la France pour soutenir les insurgés américains contre la Grande-Bretagne. Ce contingent, souvent désigné sous le nom de « chasseurs volontaires de Saint-Domingue », participa notamment au siège de Savannah, en Géorgie. L’image est saisissante. Des hommes qui ne jouissaient pas eux-mêmes des droits proclamés par les insurgés américains se battent pour l’indépendance d’un peuple réclamant sa liberté. Ils combattent sous les ordres d’officiers d’une monarchie française qui demeure l’une des grandes puissances esclavagistes du monde atlantique. Ils versent leur sang pour une révolution qui ne remet nullement en cause l’institution esclavagiste. Le paradoxe est immense. En 1783, lorsque le traité de Paris reconnaît l’indépendance des Etats-Unis, l’esclavage est maintenu dans les anciennes colonies britanniques devenues Etats-Unis d’Amérique. Des centaines de milliers d’hommes et de femmes restent dans la servitude. Il faudra attendre la guerre de Sécession [1861-1865] et le 13e amendement [à la Constitution des Etats-Unis], en 1865, pour que l’esclavage soit juridiquement aboli sur l’ensemble du territoire américain. Ainsi, certains esclaves noirs auront contribué à l’indépendance d’un pays qui continuera à maintenir en esclavage des millions de personnes pendant plus de quatre-vingts ans. Il vous reste 67.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
250 ans d’indépendance américaine : « Les esclaves et les affranchis noirs ne furent pas seulement des témoins des révolutions atlantiques, ils en furent des acteurs »
TRIBUNE. Elisabeth Landi, professeure d’histoire, estime, dans une tribune au « Monde », que les célébrations marquant la naissance des Etats-Unis devraient pleinement intégrer la mémoire des combattants noirs ayant versé leur sang pour une révolution qui ne remettait nullement en cause l’institution esclavagiste.













