Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Histoire Histoire Histoire Tribune Jeremy D. Popkin Historien Dans une tribune au « Monde », l’universitaire américain retrace l’histoire juridique et intellectuelle de l’abolitionnisme en France, rappelant que la question de l’esclavage a influencé la trajectoire de nombreuses figures de proue du mouvement révolutionnaire. Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Le 4 février 1794 – 16 pluviôse an II du calendrier révolutionnaire –, les députés français ont adopté un décret historique : « La Convention nationale déclare que l’esclavage des Nègres, dans toutes les colonies, est aboli ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution. » A elle seule, cette phrase promet la fin d’une des institutions fondamentales de la colonisation européenne des Amériques depuis trois siècles. Emis à un moment où les colonies françaises des Caraïbes comptaient davantage d’esclaves noirs que les 13 Etats américains, ce décret constitue la législation la plus radicale de toute l’histoire de la lutte contre l’esclavage : non seulement il leur promet une liberté immédiate et inconditionnelle, mais il fait aussi des anciens esclaves des citoyens français à part entière – sans pour autant accorder de compensation à leurs anciens propriétaires. En outre, fait inédit, deux hommes d’origine africaine ont été admis comme membres à part entière de la Convention, ouvrant la voie à ceux qui siégeront aux Assemblées législatives du pays au cours des cinq années suivantes. Les débats sur l’esclavage qui ont conduit à ce texte historique ont commencé des dizaines d’années avant le début de la Révolution française. La question de l’esclavage a d’ailleurs influencé la trajectoire de figures de proue du mouvement révolutionnaire, telles que Mirabeau, Barnave, Danton, Robespierre, Toussaint Louverture ou Napoléon. Les travaux historiques sur les mouvements abolitionnistes ont mis en lumière le rôle déterminant de militants britanniques et américains, mais des personnalités françaises telles que Brissot, Condorcet, l’abbé Grégoire, Raimond et Milscent – dont beaucoup payèrent leurs prises de position de leur vie – occupent une place tout aussi importante dans cette histoire. Il vous reste 68.97% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.