ClimatInitialement considérés comme de puissants « régulateurs » et « climatiseurs » naturels, les eaux qui bordent la France voient leur température grimper sous l'effet du réchauffement climatique. Canicules marines, épisodes météorologiques extrêmes, perturbations de la biodiversité : ce phénomène érode un à un les équilibres de nos littoraux.Mathys Gautier et Victor AlexandreLe 3 juillet 2026 à 09h00La grande bleue voit rouge ! Le nord-ouest de la Méditerranée est actuellement frappée par une vague de chaleur marine d'une intensité historique. Et le phénomène dépasse largement ce seul bassin : à l'échelle mondiale, l'observatoire européen Copernicus confirme que les océans viennent d'enregistrer leur mois de juin le plus chaud jamais observé. Ces mesures records ne sont plus des anomalies isolées mais traduisent une tendance de fond : les épisodes extrêmes se multiplient, s'intensifient, et les températures moyennes ne cessent de grimper.Des constats longtemps associés à l'atmosphère, mais qui valent tout autant pour les océans et les mers. Car si le réchauffement marin est plus silencieux et moins rapide que l'augmentation des températures de l'atmosphère, il n'en est pas moins dévastateur.Début juin, l'Organisation des Nations Unies (ONU) tirait à nouveau le signal d'alarme, après avoir alerté en 2016 et 2021 lors des précédentes évaluations mondiales des océans. Au-delà de la surpêche, des pollutions plastiques et de l'acidification, c'est la hausse des températures des mers et des océans, et ses conséquences en cascade, qui est encore une fois mise en avant.Pendant des décennies, l'Océan est resté le grand oublié des négociations climatiques. Il aura fallu attendre l'Accord de Paris, adopté à l'unanimité en décembre 2015, pour que son rôle crucial soit souligné : « Il importe de veiller à l'intégrité de tous les écosystèmes, y compris les océans », précisait le Préambule. Symbole de la prise en compte très tardive de ce régulateur sous-estimé du climat.L'année 2025 a été la troisième plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés Copernicus, pas si loin derrière le record de 2024 (20,9°C). Pourtant aucun phénomène météorologique particulier n'est venu alimenter cette hausse des températures. Pas d'El Niño, ce mécanisme climatique qui réchauffe les eaux de surface du Pacifique équatorial et, par ricochet, l'ensemble du globe. Au contraire, 2025 était davantage une année La Niña, censée refroidir les eaux du Pacifique tropical.Ce réchauffement n'est pas une anomalie passagère mais bien une tendance de fond avec des pics de plus en plus réguliers. Si on définit « continue » comme une augmentation régulière de la température, alors oui, cette hausse est bien continue. Par contre, l’augmentation n’est pas la même d’une année sur l’autre. Ça croît toujours, mais ça peut ralentir, ça peut accélérer, précise Jean-Pierre Gattuso, océanographe et directeur de recherche émérite au CNRS.Les records enregistrés en juin confirment cette trajectoire alarmante et semblent bel et bien annoncer une année 2026 à nouveau plus chaude pour les mers et les océans.Aucun littoral métropolitain n'est épargné, mais ces hausses de températures ne sont pas uniformes : elles varient selon les régions mais également selon la profondeur observée. La chaleur étant emmagasinée en surface, c'est là que le phénomène est le plus marqué. Et c'est notamment le cas sur littoral méditerranéen.Des canicules marines qui se multiplientPremier effet du réchauffement océanique et atmosphérique global : la hausse en flèche des canicules marines, plus intenses et fréquentes. À l'image des vagues de chaleur terrestres, ces phases très chaudes correspondent à une forte hausse de la température de l'eau, anormalement élevée (plus de 90% au-dessus des moyennes saisonnières) et persistante sur plus de cinq jours.Les années 2013, 2014 et 2015 comptaient par exemple moins d'une trentaine de jours de canicules marines annuelles au large de nos littoraux, d'après les données satellites de Copernicus. Dix ans plus tard, ce chiffre a plus que doublé : en 2023, 2024 et 2025, sur certaines zones côtières, ce seuil dépasse désormais les 60 jours par an.Cette augmentation continue de s'accélérer pour l'océanographe Jean-Pierre Gattuso : « Elles avaient déjà été multipliées par deux, en 2018 par rapport à 1980. On dit que les projections futures pourraient augmenter la fréquence d’un facteur vingt entre 2050 et 2100 ».Une chaleur qui s'accumule et des conséquences en cascadePression atmosphérique, vents, brassage des eaux : plusieurs phénomènes, accentués par le réchauffement climatique, s'enchaînent et se renforcent, faisant grimper le thermomètre de nos mers. Mais cette surchauffe visible n'est que la partie émergée de l'iceberg : sous la surface, les conséquences sont loin d'être négligeables, avec des écosystèmes marins fragilisés et des espèces déplacées ou menacées.À cela s'ajoute une conséquence directement perceptible lors des vagues de chaleur : le rôle de climatiseur naturel joué par l'Océan. Le différentiel de température entre la mer et la terre génère des brises côtières qui rafraîchissent le littoral. Mais à mesure que les eaux se réchauffent, cet écart se réduit, et avec lui, la brise qui tempère nos étés.Ce n'est en tout cas pas de sitôt que l'océan se refroidira : « avec des températures océaniques à ces niveaux et El Niño à l’horizon, nous devrions voir d’autres records de température tomber dans les mois à venir », affirme Carlo Buontempo, directeur du Service Copernicus au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. Si l'océan a longtemps amorti le réchauffement, son état en est aujourd'hui le reflet le plus fidèle.Invalid Date undefined undefined undefinedRédactionMathys GautierTraitement des donnéesVictor AlexandreInfographiesVictor Alexandre, Stanislas de Livonnière et Eric AzaraSources
Réchauffement des mers françaises : un phénomène silencieux aux conséquences abyssales
Initialement considérés comme de puissants « régulateurs » et « climatiseurs » naturels, les eaux qui bordent la France voient leur températ













