Juste après la canicule de l’été 2022, Valérie Masson-Delmotte fut invitée à expliquer le changement climatique lors d’un séminaire gouvernemental, en présence du président de la République. Quatre ans plus tard, au sortir d’une nouvelle « fournaise », comme elle appelle ces épisodes de chaleur extrême, elle réitère dans ce numéro de « L’échappée » ce travail pédagogique à l’attention du plus large public, alors que n’a cessé de se creuser « un écart monumental entre l’urgence et l’action publique ».Cette pédagogie est d’autant plus nécessaire dans une époque où la science doit faire face à de nouveaux obscurantismes dont Donald Trump est le porte-parole mondial, n’hésitant pas, dans son discours à l’ONU de septembre 2025, à nier le changement climatique, « une escroquerie » forgée par des « personnes stupides ». Un « scienticide », affirme Valérie Masson-Delmotte à propos d’un autre négationniste, le président argentin Javier Milei, qui qualifie les dérèglements climatiques de « mensonge socialiste ».« C’est bien la solidité des travaux scientifiques permettant d’établir les relations de responsabilité entre émissions, réchauffement, fréquence et intensité d’événements extrêmes, et coût des dommages, qui est perçue comme la plus grande menace pour certains intérêts », écrit la climatologue en préface à un ouvrage collectif récemment paru au Seuil sur ce « moment orwellien », où une coalition de pétro-États, de multinationales et d’oligarques, relayés par les médias qu’ils contrôlent et manipulent, s’efforce de tuer la vérité.Ils sont « le dos au mur, donc très dangereux », affirme Valérie Masson-Delmotte, faisant écho au propos du livre récent de Stefan C. Aykut et Amy Dahan, La Mutation climatique. La guerre de désinformation climatique et la croisade contre les institutions démocratiques et scientifiques s’expliquent, selon les deux auteurs, par le « double choc qu’ont subi les autocraties fossiles dans les années 2010 : d’un côté, les revendications démocratiques résonnant du Maïdan à la place Tahrir ; de l’autre, l’impératif de décarbonation émanant de la COP21 de Paris ». D’où ce « backlash [ou retour de bâton] démocratique et écologique », qu’il nous faut collectivement et résolument affronter.C’est la raison d’être de cette rencontre. Sous la coupole parisienne de l’Institut de France, qui accueille les assemblées des cinq académies, dont l’Académie des sciences, Valérie Masson-Delmotte, qui en est membre depuis 2025, explique avec autant de clarté que de fermeté et de tranquillité les enjeux vitaux, aussi bien démocratiques que sociétaux, portés par nos réponses à un changement climatique dont l’activité humaine est la première responsable.Cet entretien s’est tenu alors qu’avec ses collègues du Haut Conseil pour le climat, elle finalisait leur rapport annuel, qui est rendu public le 6 juillet.