Monde Proche et Moyen-OrientProche et Moyen-Orient. Les funérailles du guide suprême iranien, tué dans une frappe fin février, débuteront samedi. Pour les dirigeants de la République islamique, elles s'annoncent comme une démonstration de force face aux Etats-Unis et à Israël, au sortir de la guerre.Par Kenza Soares El SayedPublié le 02/07/2026 à 19:38L'Iran assure les préparatifs pour les funérailles du guide suprême Ali Khamenei, tué dans une frappe israélo-américaine, le 28 février 2026.REUTERSQuinze à vingt millions de personnes attendues rien que dans la capitale, Téhéran, six jours de cérémonies à travers tout le pays... Les préparatifs s'intensifient en Iran pour les funérailles du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, décédé fin février dans une frappe israélo-américaine, qui avait marqué le début de la guerre. Les cérémonies débuteront samedi 4 juillet à Téhéran, et se poursuivront dans les villes saintes de Qom et Mashhad, ainsi qu'en Irak. Des responsables d'une trentaine de pays, dont la Chine et la Russie, sont attendus pour rendre hommage au chef religieux qui a régné d'une main de fer sur le pays pendant 37 ans. Mais pour les leaders politiques et spirituels iraniens, l'événement revêt un caractère symbolique de la plus haute importance : montrer que la République islamique est toujours debout, à la suite d'une guerre avec les Etats-Unis et Israël perçue comme existentielle pour le régime. "La forte mobilisation du public lors des funérailles du dirigeant martyr et des autres martyrs constituera, de fait, un nouveau référendum pour la République islamique", a commenté l'ayatollah Mohammad Saidi aux médias d'Etat.Et les dirigeants iraniens n'entendent rien laisser au hasard pour s'assurer de la participation massive de la population : bus et trains réquisitionnés pour assurer les transports, hébergements, nourriture... Certains hôtels vont jusqu'à offrir des réductions à moitié prix, tandis que les écoles, mosquées et gymnases ont été préparés pour accueillir les pèlerins, relate Reuters.Le ministère des Communications a même annoncé que "la fibre optique sera installée dans une trentaine de points le long du parcours" et que "les opérateurs téléphoniques ont été invités à augmenter la capacité du réseau afin de permettre au plus grand nombre de partager des images" des événements, détaille pour sa part franceinfo. Un dispositif exceptionnel, si l'on prend en compte que l'Etat iranien contrôle d'une main de fer les communications du pays, imposant parfois des blackouts à sa population lors de mobilisations anti-régime.Événement historiqueLes cérémonies débuteront samedi. La dépouille d'Ali Khamenei sera exposée au Grand Mossalla de Téhéran, un vaste complexe religieux "dont la façade a déjà été revêtue du visage du guide suprême". La cérémonie rendra également hommage à sa fille, son gendre, sa petite fille, ainsi qu'à l'épouse de son fils Mojtaba Khamenei, tous tués dans l'attaque.Le lendemain, une procession de 10 kilomètres aura lieu pour accompagner son corps, entre la place de l'imam Hossein et la place Azadi à Téhéran. Plusieurs itinéraires secondaires ont également été élaborés, alors que son maire évoque le "plus grand rassemblement de l'histoire de la ville", avec 20 millions de personnes attendues. Après les cortèges massifs organisés dans la capitale, les cérémonies se poursuivront mardi dans la ville de Qom, capitale religieuse du pays et important centre universitaire. Sa dépouille franchira ensuite la frontière irakienne pour des cérémonies organisées le 8 juillet à Nadjaf et Karbala, villes saintes de l'islam chiite. Enfin, Ali Khamenei sera enterré jeudi, après une autre procession, à Masshad, près du Mausolée de l'imam Reza, une figure religieuse de premier plan en Iran. Entre 8 et 10 millions de personnes sont attendues pour cette dernière étape.Symbole de résistance"Cet itinéraire rassemble plusieurs formes d'autorité : le pouvoir d'Etat, l'autorité cléricale, la mémoire chiite transnationale, la politique de la résistance et la géographie sacrée de l'enterrement", analyse pour franceinfo Hajar Ghorbani, anthropologue à l'université d'Alberta, au Canada. Les cérémonies arboreront des drapeaux avec des poings fermés - et un slogan, déjà imposé à toutes les télévisions : "Il faut se soulever". Et pour cause, la figure du martyr est particulièrement importante en Iran. Les cortèges seront rythmés par les rites traditionnels du deuil chiite : vêtements noirs, processions et participants se frappant la poitrine en signe de souffrance. Pour le pouvoir, il s'agit autant d'une cérémonie religieuse que d'une démonstration de résilience après la guerre face aux États-Unis et Israël. Reste à savoir si cette mobilisation sera comparable à celle qui avait accompagné les funérailles du premier guide suprême, l'ayatollah Khomeini, en 1989. Des millions d'Iraniens avaient alors envahi les rues de Téhéran, certains grimpant même sur le véhicule mortuaire, donnant lieu à des scènes de ferveur chaotiques. Mais près de quarante années plus tard, le contexte est différent. Le régime est plus essoufflé, alors qu'une partie de la population est épuisée par des décennies de sanctions économiques, par l'inflation, ainsi qu'une répression de plus en plus sévère de la part du régime. Pour rappel, deux mois avant sa mort, de nouvelles manifestations avaient éclaté ciblant l'ayatollah Khamenei, avant d'être matées dans le sang.Ces funérailles auront également valeur de test pour sa succession. On ne sait toujours pas si Mojtaba Khamenei, le fils de l'ayatollah, sera présent aux funérailles de son père. Blessé dans la même frappe, il n'est plus apparu publiquement depuis plusieurs mois et les doutes planent quant à son état de santé.
Iran : les funérailles d'Ali Khamenei, démonstration de force d'un régime sous pression
Les funérailles du guide suprême iranien, tué dans une frappe fin février, débuteront samedi. Pour les dirigeants de la République islamique, elles s'annoncent comme une démonstration de force face aux Etats-Unis et à Israël, au sortir de la guerre.












