Dans cette chronique publiée dans les colonnes des journaux romands Le Nouvelliste et La Côte, Marie Violay et Federica Sandrone livrent leur vision du génie civil.Aujourd’hui, lorsqu’on évoque le génie civil, les réactions sont souvent tranchées. Pour certain·e·s, c’est un souvenir d’enfance avec des ponts en Lego, des trains miniatures et le plaisir simple de bâtir des châteaux de sable à la plage. Pour d’autres, c’est l’image inverse, évoquant alors des autoroutes qui altèrent les paysages, des chantiers bruyants et des gilets orange. Un travail perçu comme dur, masculin et contraignant. Deux visions opposées, presque caricaturales. Pourtant, la réalité est bien plus nuancée, et surtout bien plus essentielle.En effet, le génie civil ne se limite ni à ce qui fascine, ni à ce qui dérange. Il s’agit d’une discipline omniprésente, souvent invisible lorsqu’elle fonctionne bien. Derrière un train à l’heure, un tunnel alpin sécurisé, un réseau d’eau potable fiable ou un système énergétique fonctionnel, il y a du génie civil. Mais son empreinte va bien au-delà : protection contre les crues, stabilisation des pentes rocheuses en montagne, organisation des flux dans une gare ou un stade. Parfois seulement visible dans ses ouvrages, il est surtout déterminant dans ce qu’il rend possible.Une discipline moderneAvec une population mondiale qui devrait approcher les 10 milliards d’ici 2050, les défis du XXIe siècle en termes de génie civil sont considérables, faisant notamment face à une urbanisation croissante. En effet, près de 70 % de la population vivra en ville, or ces dernières occupent moins de 2 % de la surface terrestre et concentrent déjà l’essentiel de l’activité économique, de la demande énergétique… et des émissions de carbone. Dans ce contexte, le génie civil joue un rôle central et se transforme profondément.Mais alors qu’il est une des disciplines les plus anciennes, il est aujourd’hui au cœur des approches les plus modernes. Que l’on parle de capteurs intégrés aux ouvrages, d’intelligence artificielle, de « Big Data » ou d’outils de simulation, le génie civil devient une science data-driven, capable de prévoir, d’optimiser et de piloter des systèmes complexes. Des transformations qui renforcent le besoin d’ingénieur·e·s capables de concevoir et de construire dans le monde réel. Il ne s’agit plus seulement de bâtir, mais de concevoir et d’orchestrer des systèmes complexes, en façonnant ainsi le futur : des infrastructures de transport intelligentes, des réseaux énergétiques résilients, des ouvrages hydrauliques durables et des villes plus efficaces, accessibles, durables et agréables à vivre.Des études à la pratiqueUn des enjeux de cette discipline est d’acquérir des compétences académiques de pointe, tout en étant étroitement lié à la pratique. Très rapidement, les étudiant·e·s passent de la théorie à l’application, avec des approches éducatives qui s’ancrent dans des enjeux concrets du quotidien, afin de répondre aux besoins réels des métiers.Allons maintenant vers une dernière idée reçue concernant le génie civil, trop souvent perçu comme « réservé aux hommes ». Notons alors que la réalité est bien différente, avec des cohortes d’étudiants qui comptent aujourd’hui entre 30 % et 50 % de femmes, et d’excellents taux de réussite.Besoin croissant d’ingénieursLe résultat est clair : la formation en génie civil est essentielle, reconnue en Suisse et à l’international, et les diplômé·e·s sont très recherché·e·s. En Suisse, environ 93 % des étudiant·e·s trouvent un emploi rapidement, souvent avant même la fin de leurs études, avec un taux de satisfaction pour ce premier emploi proche de 97%.Au fond, le génie civil est bien plus qu’un ensemble de techniques. C’est une manière d’organiser nos territoires, de structurer nos sociétés et de répondre à des besoins fondamentaux. Ancien dans ses origines, mais résolument tourné vers l’avenir, il évolue en permanence pour intégrer de nouveaux outils et répondre à des défis toujours plus complexes.Et si, finalement, l’enjeu n’était pas seulement de construire… mais de concevoir intelligemment ce qui rend nos vies possibles ?Marie Violay, directrice de la section génie civil et professeure associée au Laboratoire expérimental de mécanique des roches, EPFLFederica Sandrone, collaboratrice scientifique au Laboratoire expérimental de mécanique des roches, EPFLRéférencesCette chronique est parue au mois de mai 2026 dans les quotidiens La Côte (Vaud) et Le Nouvelliste (Valais), dans le cadre d'un partenariat avec le groupe de presse ESH Médias visant à faire connaître auprès du grand public la recherche et l'innovation de l'ENAC dans le secteur de la construction.