Publié le 02/07/2026 11:38
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Jeudi 2 juillet, Marine Tondelier était l'invitée des 4V sur France 2. La candidate écologiste à l'élection présidentielle est notamment revenue sur la motion de censure déposée par son parti pour faire tomber le gouvernement Lecornu, auquel elle reproche particulièrement l'inaction face à la canicule et à la crise climatique.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Gilles Bornstein : Est-ce qu'une motion de censure va stopper le réchauffement climatique ?Marine Tondelier : Non, mais elle pourrait mettre un terme à cette inaction de l'État. Un État qui non seulement n'agit pas pour le climat, mais en plus, régresse sur le sujet. C'est coupable. Vous savez que le Fonds vert qui devait servir à ce pays, à une adaptation au changement climatique, à vous protéger de la chaleur, à vous protéger des inondations, il a été divisé par quatre en deux ans par des décisions successives du gouvernement entérinées par sa majorité au Parlement. Donc, c'est inacceptable. Et pour celles et ceux qui disent que ça coûte de l'argent, est-ce qu'on en a assez pour faire ça ? Nous avons sorti un plan d'adaptation des écologistes à 7 milliards d'euros par an jusqu'à 2032. C'est faisable. L'inaction climatique, les experts montrent qu'elle coûte au moins cinq fois plus cher que l'action, avec beaucoup de souffrance charriée par ailleurs, le bilan de la canicule en atteste.Vous reprochez au gouvernement sa gestion de la canicule. Vous, vous avez changé d'avis, mais il y a quelques mois, vous étiez encore contre la climatisation.Pas du tout. Je n'ai jamais été contre la climatisation. On a toujours dit qu'il fallait, en priorité, combattre le réchauffement climatique et que quand cela ne suffisait pas, puisque l'inaction arrive, il fallait s'adapter et que dans certains territoires, pour certains publics, la clim était devenue indispensable. Ça a toujours été ma ligne."La canicule s'est transformée en violence politique", a dit Cyrielle Chatelain. Qu'est-ce que ça signifie ?Ça veut dire que c'est hyper injuste. J'ai entendu un présentateur télé expliquer que tout le monde souffrait de la même manière de la chaleur. Ce n'est pas vrai. Les premières victimes, ce sont les personnes âgées, les personnes dans l'isolement, les personnes aux logements mal adaptés. Quand vous regardez, pas forcément dans cette canicule, mais de manière générale, il y a 35 % de surmortalité due à la chaleur dans les dix départements les plus pauvres par rapport aux dix départements les plus riches. Et les principaux responsables du changement climatique, ce sont les plus riches. Un milliardaire émet en 90 minutes plus de CO2 qu'un humain lambda dans toute sa vie. Donc, à un moment, il faut que les responsabilités soient prises et que les actes tombent. Je serai, en sortant de votre plateau, à Sarcelles pour aller dans les quartiers populaires avec le maire, dans une école le matin et le midi dans un centre social, écouter ce que ça a été de vivre l'enfer de la canicule de ces quartiers. Ce n'était pas pareil que depuis les studios climatisés.Et quand vous dites que les responsabilités soient prises, ça signifie quoi ? Il doit y avoir des responsables politiques ? Il y a des têtes qui doivent tomber pour dire les choses clairement ?Ça veut dire qu'il faut que les gens payent selon leurs contributions. On a toujours voulu un ISF climatique parce que quelqu'un qui a un jet privé et un super yacht, oui, il contribue plus au réchauffement climatique que les autres. Donc c'est avec cet argent qu'on doit financer l'adaptation, par exemple. Et puis il faut arrêter de se raconter des histoires. Les actes politiques, les décisions, elles ont des conséquences. Quand on décide de supprimer un milliard, puis un autre milliard, puis un autre milliard à MaPrimeRénov', à chaque milliard supprimé, c'est, par an, 100 à 150 000 logements qui ne seront pas isolés, soit l'équivalent de toute la ville de Lille ou de toute la ville de Rennes. À la fin, ça a des conséquences et ça tue puisqu'on sait que beaucoup de personnes sont décédées dans leurs logements. Il y a les morts que la France est en train de compter, mais il y a aussi, par exemple, on sait que pour la sclérose en plaques, les poussées suite à la chaleur, c'est deux à trois semaines après. On sait qu'il y aura des accouchements prématurés, on sait qu'il y a des gens dont la santé a été affaiblie, des malades chroniques. Et tout ça, on sait qu'on en tirera le bilan scientifiquement d'ici la fin de l'année parce que ça prend du temps à recenser.Vous avez reproché au gouvernement son inaction à long terme. Vous avez aussi reproché une impréparation à court terme. Une troisième vague de canicule se profilerait. Comment le gouvernement doit-il l'affronter pour ne pas répéter les erreurs d'il y a quelques jours ?Déjà, réunir les cellules de crise avant et pas à la fin de la canicule en disant : "On prépare les prochaines", alors que c'est là, maintenant. En écoutant aussi. Moi j'ai été très choquée de certaines déclarations politiques, quand le ministre du Travail dit que Marine Tondelier est bien gentille avec ses propositions de congés climatiques, parce que "ça ne sert à rien, les employeurs sont très responsables", et que le soir même, un jeune de 19 ans meurt sur un toit. Parce que oui, il y a des employeurs très bien, puis il y en a d'autres qui font moins attention. Quand j'entends Macron dire sur le Fonds vert : "C'est le Parlement qui l'a voté", c'était dans les propositions du gouvernement". Il faut arrêter de vouloir lancer les responsabilités sur tout le monde. Ils sont au gouvernement, qu'ils gouvernent, qu'ils aident les Français à s'équiper, qu'ils fassent ouvrir en réquisitionnant des salles climatisées dans toute la France, comme nos maires écologistes le font. Qu'ils équipent les écoles pour pas que ce soit aux parents d'amener des climatiseurs.Vous avez reproché l'inadaptation, là, à très court terme. Ça ne réglera pas les problèmes s'il y a une vague de chaleur la semaine prochaine.Que voulez-vous que je vous dise ? Depuis des décennies, on alerte sur ce qui va se passer. Nos ancêtres, les premiers écolos dans les années 1970, se battaient pour sauver la planète pendant 50 ans. Nous, aujourd'hui, on se bat pour protéger les Français maintenant. Et il y a des choses qui sont très rapides. Ouvrir une salle climatisée à proximité de chaque Français, c'est possible tout de suite. Ça se réquisitionne. Et le gouvernement, s'il n'est pas capable de le faire, qu'il fasse autre chose. Nous, on est prêts. Et cette motion de censure, si elle passe, nous permettrait peut-être de gouverner, de faire mieux.Les Insoumis l'ont co-signée avec vous et vont la voter. Savez-vous ce que vont faire les socialistes ?J'imagine bien qu'ils la voteront.Vous imaginez ou vous le savez ?Des contacts que j'ai pu avoir, j'ai compris qu'ils la voteraient et je n'imagine pas qu'il en soit autrement. Il en est de même pour les communistes d'ailleurs.Donc cette motion de censure pourrait faire l'unanimité à gauche ?C'est beau l'écologie, non ?Ça fera l'unanimité à gauche ?J'espère bien.Est-ce que vous pourriez gouverner avec les Insoumis ?Je veux bien qu'on fasse de la politique-fiction, mais aujourd'hui, le scénario à gauche, c'est plutôt que personne n'est parti pour gouverner parce que les luttes fratricides des uns et des autres emmènent tout notre camp politique dans le mur. Donc, je connais votre question, je vous connais, vous me posez la même à chaque fois. Mon sujet aujourd'hui, c'est ce tour de France que je fais en van. 5 000 km en van électrique à la rencontre des Français, où on parle d'isolement, de ruralité, où on parlera tout à l'heure à Sarcelles de ce que c'est qu'étudier dans des écoles surchauffées dans les quartiers populaires. On parlera de tous les sujets, mais moi, je sais sur quel sujet les gens viennent m'interpeller. Ils viennent me voir en me disant : "Madame Tondelier, faites quelque chose, ils sont en train de nous envoyer dans le mur". Certains sont un peu plus proches de Mélenchon contre Glucksmann, d'autres l'inverse. D'autres disent qu'ils votent pour vous. Les gens sont tétanisés. Nous ne sommes pas capables, en tant que politiques, de leur offrir une solution. C'est à ça que les écologistes vont travailler.








