Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Théâtre Théâtre Théâtre Analyse Joëlle Gayot Parce qu’il incarne le choix du chaos plutôt que la construction d’un avenir meilleur, le personnage shakespearien du prince du Danemark créé au XVIᵉ siècle continue d’inspirer les metteurs en scène contemporains. Publié aujourd’hui à 11h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Et si Hamlet, la pièce de Shakespeare, n’était plus jamais représentée au théâtre ? Si le prince du Danemark devait quitter la scène pour toujours après un ultime « être ou ne pas être » ? Cette perspective radicale, un artiste (britannique qui plus est) la prend au pied de la lettre. Au Festival d’Avignon qui se tient, cet été, du 4 au 25 juillet, Ben Duke, chorégraphe et metteur en scène, propose The Last Hamlet. Le tout dernier Hamlet. Pourquoi ? Parce que le héros, affirme Ben Duke, est « incapable de tourner son regard vers l’avenir et qu’il passe sa courte vie à engendrer le chaos et la destruction ». La fiction shakespearienne ressasse, c’est vrai, le désespoir, l’impuissance et l’échec d’un jeune homme dépossédé de sa lucidité par les brûlures de la vérité. En simulant la folie pour qu’éclatent les culpabilités, Hamlet sème et récolte le carnage. Ce qui le pousse à tout détruire ? Les révélations de son père réapparu sous la forme d’un spectre. Un fantôme insistant qui lui apprend comment il a été assassiné par son propre frère, Claudius, devenu, depuis, le roi et l’époux légitime de Gertrude, sa veuve. Déployée tous azimuts, la stratégie du fils mène la cour à sa perte. Ophélie, sa fiancée, se noie. Gertrude s’empoisonne. Le prince poignarde Claudius avant de mourir à son tour. Il a tenu parole, démasqué le traître, vengé son père. Mais à quel prix ? « Et si nous achevions enfin la lignée d’Hamlet, pourrait-on, sur son tombeau, ériger un avenir meilleur ? », s’interroge Ben Duke. L’hypothèse est tentante, d’autant plus intrigante qu’elle vient se déposer au terme d’une saison hantée par le drame élisabéthain. A l’automne 2025, c’est un Russe, Kirill Serebrennikov qui ouvrait le feu au Châtelet à Paris avec Hamlet/Fantômes. Une libre variation qui propulsait la fable dans un bourbier masculiniste plombé par les figures de Staline, de Trump et de Poutine. En hiver, le Belge Ivo van Hove entraînait le public de l’Odéon-Théâtre de l’Europe dans la psyché paranoïaque d’un orphelin borderline obsédé par le spectre paternel. Au printemps, le Néerlandais Johan Simons remettait à plat les enjeux de la tragédie avec un Hamlet d’un calme olympien. Le rôle était interprété par l’actrice allemande Sandra Hüller au théâtre Nanterre-Amandiers. Entre-temps, aux marges de ces grandes institutions, une jeune metteuse en scène pliait le propos de Shakespeare à la main offensive de son féminisme : au Théâtre 13 à Paris, Clémence Coullon poussait l’audace jusqu’à faire tuer (et remplacer) le prince par sa meurtrière, Ophélie. Rebaptisée Hamlet (te), la fiancée se chargeait de réécrire l’histoire en épargnant la vie des Danois. Il vous reste 54.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Dans les désordres du monde, « Hamlet » n’a jamais été autant d’actualité
ANALYSE. Parce qu’il incarne le choix du chaos plutôt que la construction d’un avenir meilleur, le personnage shakespearien du prince du Danemark créé au XVIᵉ siècle continue d’inspirer les metteurs en scène contemporains.







