En « une » du hors-série, le domaine des Maremberts à Saint-Viâtre (Loir-et-Cher), propriété de la famille Berda (AB productions). LE MONDE

Hors-série. Cigares, transats et liasses de billets, l’imaginaire à leur endroit n’a guère changé. Vous-mêmes, lectrice et lecteur, en entendant ce mot « riches », n’avez-vous pas aussitôt vu une armada de yachts et d’avions privés, une vaste demeure au soleil, tournée vers la mer bleue ? Une vie rêvée de loisirs sans foule ni souci…

Et pourtant, les ultrariches n’ont plus la même physionomie qu’auparavant. Bien plus nombreux qu’autrefois, ils sont aussi plus visibles et plus désinhibés. L’origine de leur fortune a aussi changé. Presque partout, d’Amérique à l’Asie en passant par l’Europe, ils ont tiré profit de la financiarisation de l’économie et du décentrement du politique, donc de l’Etat, ce qui profite aux forces du marché. Ce sont pour beaucoup des industriels, souvent les heureux possesseurs de matières premières, et, parfois, des accapareurs de ces richesses, à l’instar de ceux qui ont bâti leur fortune sur les vestiges de l’URSS. Et, désormais, ils sont aussi des inventeurs ou des investisseurs de la tech.

Dans tous les pays, ceux qui ne sont pas des ultrariches sont partagés à leur égard entre la haine et la fascination. Lorsque, comme aux Etats-Unis, les seigneurs de la tech s’enrichissent grâce à des intelligences artificielles qui discutent des qualités et des défauts de la démocratie, soudain chacun s’alarme. En vérité, pourtant, ce monde reste opaque. La définition des grandes fortunes reste floue. Ultrariches, nouveaux riches, héritiers… Un peu partout, la définition statistique de la richesse démarre souvent bien en deçà de ces fortunes, et ce décalage en dit aussi beaucoup sur les cultures de chaque pays.