Emploi - Management ManagementLeadership et managementAnatomie d'une décision. Refus de prêt, avocat malhonnête, fermeture en raison du Covid, burn-out... Rien n'a été épargné à l'ancien journaliste, reconverti entrepreneur à 50 ans. Dans le nouvel épisode de notre podcast, il nous raconte cette aventure finalement couronnée de succès, où chaque petite victoire a été arrachée dans les derniers instants.Publié le 22/06/2026 à 08:45A un âge où on vous colle vite l’étiquette de "senior" et où beaucoup estiment que votre vie professionnelle est déjà derrière vous, le témoignage de David Cozette détonne. A 50 ans, cet ancien journaliste sportif, l’une des voix du basket français, marié et père de deux enfants, a pris une décision folle : quitter son métier et la région parisienne pour ouvrir un hôtel-restaurant sur une plage du Var. Le début d’une nouvelle vie semée d’embûches : cinq jours après l’ouverture de l’établissement, la France se confinait une première fois face à l’épidémie de Covid. Le début, aussi, d’un burn-out qu'il a mis du temps à reconnaître. S'ensuit une succession de galères et d’imprévus, financiers notamment. Mais au bout du compte, une incroyable expérience couronnée de succès, où chaque petite victoire compte et s'arrache parfois dans les derniers instants. Un témoignage riche en enseignements pour quiconque souhaite un jour opérer un virage à 180 degrés sur le plan professionnel.Un épisode du podcast Anatomie d'une décision à écouter sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox, Podcast Addict ou en cliquant sur le player en tête de cet article.L'Express : D’Eurosport à Canal+, en passant par la chaîne L’Equipe, après plus de vingt-cinq ans passés à commenter le basketball, vous décidez un jour de tout quitter pour racheter un hôtel-restaurant près de Toulon. Un univers dont vous ne connaissiez pourtant rien. Inconscience ? Besoin de renouveau ? Qu’est-ce qui vous a poussé à sauter le pas ?David Cozette : Depuis vingt-cinq ans, je voyais les droits télé du basket passer de chaîne en chaîne tous les deux ou trois ans. Je me disais qu'un jour, un directeur qui récupérerait les droits finirait par me dire : "Bon, écoute, ça fait vingt-cinq ans qu'on t'entend, j'ai envie de sang neuf." On s'est dit avec ma femme qu’on avait envie d'avoir une affaire à nous. Et ce qui nous a donné envie, c'est l'exemple d'un joueur de basket dont j'ai commenté toute la carrière et qui a fait une belle reconversion en rachetant un hôtel au Lavandou, dans le Var, où nous avons passé tous nos étés en famille : le voir évoluer dans cet univers-là, voir ses difficultés, ses joies, le voir recevoir tous ses copains dans un endroit merveilleux, etc. J'ai très vite idéalisé cela et je me suis dit pourquoi pas moi ? Nous n'avons compris qu'après coup que c'était vraiment de l'inconscience.La reprise d’un hôtel-restaurant, c’est une succession permanente de galères et d’imprévus. Encore plus quand, comme vous le racontez dans votre livre L’Hôtel du bord de mer (City Edition, 2026), vous êtes contraint de fermer, cinq jours seulement après l’ouverture, en raison de la pandémie de Covid. Dans cette aventure, vous insistez sur l’importance de l’entourage et du fait d’être bien conseillé. Pourquoi ?C'est d'autant plus important quand, comme ce fut mon cas à l'époque, on ne connaît rien au monde de l'entrepreneuriat. J'étais incapable de lire un bilan ! Donc quand vous voulez racheter une société, c'est quand même compliqué. Mon père est avocat fiscaliste, maintenant à la retraite, mais il m'a beaucoup conseillé. La deuxième personne qui m'a aidé, c'est l'un de ses meilleurs amis qui est expert-comptable et qui s'est pris d'affection pour nous et pour notre histoire un peu folle. Il s’est dit : "Je vais vous préparer les business plans et tout ça." La troisième personne, c'est un ami d'enfance, haut cadre dans une banque, qui nous conseillait sur l'aspect économique. Il nous disait : "Vous pouvez proposer tant pour reprendre cette société, mais au-delà, ça ne passera pas." Il nous a fait toutes les simulations et nous a accompagnés tout au long du projet. A titre d'exemple, nous avons rencontré l'avocat des vendeurs, avec qui ça ne se passait pas bien du tout. Et pour moi, de savoir que j'étais accompagné pour reprendre cet établissement était important.Ce fameux avocat va vous mettre des bâtons dans les roues et retarder le projet, jusqu'à vous faire beaucoup douter. A ce moment-là, quand vous avez cru que tout votre projet allait tomber à l'eau et que vous avez été à deux doigts de jeter l'éponge, qu'est-ce qui vous a permis de tenir ?Je me le demande encore. Pour éviter qu'on souffre à deux, il m'arrivait de quitter l'appartement où nous avions déménagé pour aller vivre mon désespoir seul dans les rues d'Hyères. Parce que oui, c'était un vrai désespoir. Au départ, on se disait que ce serait comme lorsqu'on achète une maison : il y a un compromis, puis la signature définitive. Là, il devait y avoir un acte de réitération, mais on voyait que ça patinait encore et encore. Le problème, c'est que nous avions déjà déménagé dans le Sud, vendu notre maison et scolarisé notre deuxième fille. Et nous n'avions toujours pas l'hôtel. Je me sentais coupable vis-à-vis de ma femme parce que j'estimais que je l'avais emmenée dans ce projet dingue. Elle m'a toujours rassuré en me disant : "Cette décision, nous l'avons prise à deux, ne t'inquiète pas".Mais en réalité, je ne pouvais qu'attendre l'issue incertaine. Nous avions déménagé, tout vendu : je n'avais d'autre choix que d'attendre. Et puis, tout d'un coup, j'apprends que l'avocat en question s'est fait bordurer et finalement, ça s'est fait quand même. Quand je l'ai appris, je n'y croyais pas tellement je pensais que ça n'allait pas se faire. C'était assez miraculeux, une histoire complètement folle.Vous racontez aussi comment, peu de temps après la réouverture de l’établissement, vous vous êtes retrouvé un matin incapable de vous lever, prostré sur votre lit. Le début d’un burn-out que vous avez mis du temps à reconnaître. Ce burn-out venait d'une énorme fatigue parce qu'avec le Covid, nous avons dû fermer après seulement quelques jours d'ouverture. Notre équipe n'était pas entièrement constituée ; il nous manquait du monde et nous n'avions pas eu le temps de recruter. Lorsqu'on a rouvert le 2 juin, toute la population n'avait qu'une envie : aller boire des cocktails au bord de l'eau, ce qui peut se comprendre après un long confinement. Donc nous avons vécu une reprise comme si c'était un 15 août, une vraie essoreuse, mais avec une moitié d'équipe qui n'était pas rodée. Je me levais le matin à 6 heures pour aller chercher les viennoiseries et le pain pour le petit-déjeuner. Je passais la journée à gérer des soucis et je terminais en comptant ma caisse et rentrais chez moi à 1h du matin. Sept jours sur sept. Et quand vous rajoutez le stress intense à cette énorme fatigue, eh bien à la fin, je voyais tout en noir et j'ai fini par craquer.C'est une sensation très bizarre. Et puis un matin, alors que je voulais me lever pour aller travailler, je n'y suis pas arrivé. Les fils étaient complètement débranchés.Comment avez-vous réussi à en sortir ? J'ai vu un psychiatre deux jours après qui m'a prescrit des médicaments. Le temps que cela fasse effet : au bout de dix jours ça allait un peu mieux. J'ai tenu comme cela le reste de l'été et puis quand toute la pression est retombée parce qu'il y avait moins de monde, le rythme était moins frénétique à la fin de la très haute saison, j'ai réussi à récupérer ; j’ai stoppé mon traitement et j'ai continué. Il vous a fallu attendre la septième banque pour obtenir un prêt. Quel conseil donneriez-vous à ceux qui rêvent aujourd’hui de se lancer à leur compte ?Ce n'est pas facile. Si toutes les banques nous ont rejetés, et parfois, je vous assure que les rendez-vous duraient à peine dix-sept secondes, c'est parce que nous n'étions pas des professionnels de l'hôtellerie-restauration. C'est un milieu très difficile, avec des dépôts de bilan toutes les semaines partout en France. C'est un secteur en crise. A posteriori, je peux comprendre que les banques, qui ne regardent que les chiffres, se disent qu'une personne sans expérience a davantage de chances de se planter.Malheureusement, si vous tentez une expérience entrepreneuriale dans quelque chose qui est en complet décalage avec votre expérience, j'ai envie de vous dire : soyez pugnace, patient et persévérant. C'est presque un miracle que nous ayons pu aller au bout de cette aventure. Et on en revient à mon ami banquier : comme par hasard, la dernière banque qui a accepté de nous suivre était celle où il travaillait. Il a sans doute fait jouer son réseau.Malgré les embûches, votre établissement a rencontré le succès pendant quatre ans. Avant que votre passion pour le basket ne vous rattrape. Vous quittez alors l’hôtellerie pour revenir aux commentaires sportifs, avant de reprendre finalement la direction d’un restaurant en région parisienne. Avec le recul, qu’est-ce que vous feriez différemment aujourd’hui ? J'aurais gardé mon hôtel. Parce qu'au final, je l'ai revendu en oubliant les raisons pour lesquelles je l'avais acheté.
"C’était de l’inconscience" : du basket à l’hôtellerie, la folle reconversion de David Cozette
Refus de prêt, avocat malhonnête, fermeture en raison du Covid, burn-out... Rien n'a été épargné à l'ancien journaliste, reconverti entrepreneur à 50 ans. Dans le nouvel épisode de notre podcast, il nous raconte cette aventure finalement couronnée de succès, où chaque petite victoire a été arrachée dans les derniers instants.











