Publié le 21/06/2026 11:39

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Après l'explosion d'un DC-10 au-dessus du Niger le 19 septembre 1989, la Libye du colonel Kadhafi est très vite soupçonnée. Mais le besoin de justice des familles des 170 victimes va se heurter à la raison d'Etat... Jusqu'à un électrochoc, provoqué par la venue à Paris d'un fils du dictateur libyen. Dans cet extrait d'"Affaires sensibles", le fils d'un passager de l'avion raconte son combat pour arriver à un accord... sans l'aide du gouvernement français.

Ce procès, les familles des victimes de l'attentat du DC-10 de la compagnie UTA l'attendaient depuis dix ans. Il s'ouvre enfin le 8 mars 1999 devant la cour d'assises de Paris, et il a tout d'exceptionnel : uniquement des magistrats professionnels, 500 parties civiles, et un box des accusés... vide. Six agents secrets présumés des services libyens vont être jugés par contumace, en leur absence, en trois jours d'audience.Après l'explosion de l'avion au-dessus du Niger, le 19 septembre 1989, qui a fait 170 morts, l'enquête a rapidement permis de remonter jusqu'à la Libye du colonel Kadhafi. Le dictateur, qui a l'habitude d'utiliser les attentats comme une arme politique, est considéré en Occident comme l'un des parrains du terrorisme international. Il est soupçonné d'être derrière l'explosion d'un avion américain de la Pan Am au-dessus de la ville de Lockerbie, en Ecosse, à la même époque, en 1988. Cet attentat qui a fait 270 victimes présente de grandes similitudes avec le drame du DC-10.Malgré les atermoiements du Quai d'Orsay sous les gouvernements successifs, qui veulent renouer les relations avec la Libye (d'autant que la France a pris part, via son intervention au Tchad en 1986, à un conflit armé contre le pays), six mandats d'arrêt internationaux ont fini par être lancés, dont un contre celui qui est soupçonné d'être le principal responsable de l'attentat : Abdallah Senoussi, chef des renseignements libyens et beau-frère de Mouammar Kadhafi.Au terme du procès, les six accusés sont condamnés à la réclusion à perpétuité. Les familles attendent l'action diplomatique promise pour obtenir leur extradition, que refusait jusque-là le régime libyen… mais rien ne se passe. Pour la diplomatie française, le dossier du DC-10 semble clos. Quel que soit le pouvoir en place, la raison d'État dicte sa loi... Petit à petit, les familles de victimes assistent, impuissantes, à la reprise des relations entre la France et la Libye.Jusqu'à un électrochoc, provoqué par la venue à Paris d'un fils du dictateur libyen. Peintre à ses heures, Saïf Islam Kadhafi inaugure à l'Institut du monde arabe une exposition de portraits de son père à la manière de Dali. Guillaume Denoix de Saint Marc, fils d'une victime, est furieux : "C'est le fils de l'assassin de mon père, et il vient me narguer chez moi !" Il décide d'aller l'affronter lors d'une conférence à l'Institut français des relations internationales. "Mon père était dans le DC-10", lance-t-il, avant d'expliquer que "le dossier n'est pas clos". A sa surprise, son interlocuteur se montre "plutôt ouvert".Entre Guillaume Denoix de Saint Marc, le fils du colonel Kadhafi et leurs équipes, une négociation commence. Davantage pour obtenir le procès d'Abdallah Senoussi qu'une indemnisation, insiste Guillaume Denoix de Saint Marc. Elle va durer près de deux ans. Il y aura au total onze réunions entre Paris et Tripoli. Le fils de la victime traite lui-même avec le fils du bourreau, à la place de la diplomatie française… Mais sans l'appui du gouvernement, les négociations n'ont aucune chance d'aboutir. Alors pour maintenir la pression, dès qu'un officiel libyen arrive en France, les familles des victimes manifestent, perturbant ainsi la reprise des relations franco-libyennes. Le vent finira pourtant par tourner en 2003, lorsque les Etats-Unis obtiennent de la Libye une indemnisation pour d'autres familles, celles des victimes de l'attentat de Lockerbie. Et après un an et demi de discussion, en janvier 2004, Guillaume Denoix de Saint Marc signe un accord : la Libye versera 1 million de dollars aux ayants droit de chaque famille."A aucun moment l'État français ne nous a dit 'On va vous accompagner.' On y a été tout seuls, les familles du DC-10. Tout seuls."Danielle Klein, sœur d'une victime du DC-10"La fin d'un grand calvaire", pour lui, "une façon de les obliger à reconnaître, en creux, leur responsabilité", pour Danielle Klein, sœur d'une victime du DC-10. Les plaignants ne sont donc "pas mécontents", mais la colère n'est pas tout à fait éteinte. Celle de Guillaume Denoix de Saint Marc explosera quand il entendra "un très, très haut responsable du Quai d'Orsay" se féliciter de les avoir "bien aidés". "Comment ça, vous nous avez aidés ? rétorque-t-il, outré. C'est nous qui avons fait le boulot que vous auriez dû faire ! Ce n'était pas à moi d'aller à Tripoli négocier avec le fils de l'assassin de mon père !"Extrait de "Attentat du DC-10 : le deuil impossible", diffusé le 21 juin 2026 dans "Affaires sensibles", une coproduction France Télévisions, France Inter et l’INA, adaptée d’une émission de France Inter.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo, rubrique "Les émissions".