Idées et débatsLivres. De Wagner au jazz, la germaniste Isabelle Mity montre à quel point le régime hitlérien a fait de la musique un outil clé du totalitarisme.Publié le 21/06/2026 à 09:00bookmarkDans Les maîtres chanteurs du IIIe Reich (Perrin), la germaniste Isabelle Mity revient sur les liaisons dangereuses entre nazisme et musique. imageBROKER/Jürgen LindenburgerJusqu’à son crépuscule, il fut son seul vrai dieu. Dans Les maîtres chanteurs du IIIe Reich (Perrin), la germaniste Isabelle Mity revient sur les liaisons dangereuses entre nazisme et musique. La passion absolue de Hitler pour Richard Wagner y occupe une place de choix. A 12 ans, le jeune Adolf découvre Lohengrin à Linz, une épiphanie. "Du premier coup, je fus conquis. Mon enthousiasme juvénile pour le maître de Bayreuth ne connut pas de limites", racontera-t-il dans Mein Kampf. Le futur dictateur s’identifie au tribun Rienzi, héros d’un opéra de jeunesse situé dans la Rome médiévale. Mais au-delà du chromatisme wagnérien, Hitler dévore ses écrits, et notamment Le Judaïsme dans la musique, pamphlet antisémite qui accuse les juifs, à commencer par Giacomo Meyerbeer et Felix Mendelssohn, d’être incapables de créer un art profond, lui préférant par mercantilisme des "petites productions habiles et maniérées". En 1923, Hitler rencontre à Bayreuth Houston Stewart Chamberlain, théoricien racialiste et mari de la fille du compositeur, Eva. Il est surtout adoubé par sa belle-fille Winifred Wagner, la gardienne du temple. Une fois au pouvoir, le Führer sauve le festival, un gouffre financier..