La sortie de l’abbaye du Mont-Saint-Michel du périmètre du CMN ne passe pas chez les agents du centre, inquiets de la remise en question de son modèle solidaire envers les monuments plus petits. Sans garanties de la part du ministère de la Culture. Le Mont-Saint-Michel génère 5,6 millions d’euros de recettes nettes par an. Photo La Tuque Jaune/Andbz/Abaca Par Francine Guillou Publié le 19 juin 2026 à 17h31 «On dépouille le CMN pour satisfaire des appétits locaux ! » Devant les bureaux du Centre des monuments nationaux (CMN), jeudi 18 juin, à Paris, la colère et l’inquiétude se lisent sur les visages fermés et les sourires crispés. Plus de cent cinquante personnes sont venues signifier leur opposition à la fin de la gestion de l’abbaye du Mont-Saint-Michel par le centre. Un préavis de grève voté la semaine dernière devait forcer la ministre de la Culture Catherine Pégard à prendre la défense de son opérateur, premier en termes de visites sur le territoire. Mais les syndicats ont été prévenus la veille en fin de journée par Ouest-France et les réseaux sociaux du Premier ministre qu’une décision avait été actée quelques heures plus tôt. Le choix a été fait d’une gestion unique et globalisé par l’Établissement public de l’abbaye du Mont-Saint-Michel (EPMSM), opérateur tout à la fois complémentaire et rival du CMN sur la baie, lui retirant de facto la gestion du site ainsi que la main sur les recettes de la billetterie (près de 2,8 millions de visiteurs en 2025). « On est sous le choc » : Jean-Élie Strappini, cosecrétaire de la CGT des Monuments nationaux, ne décolère pas. Pour l’intersyndicale du ministère de la Culture, mobilisée, la sortie du Mont-Saint-Michel menace en réalité la « péréquation » — le principe fondateur des Monuments nationaux — qui assure le maillage culturel de cent dix sites partout en France. Car les recettes générées par les monuments les plus visités permettent l’entretien et l’ouverture d’une centaine de monuments plus petits, « y compris dans certains territoires ruraux où l’offre culturelle est faible voire inexistante », mentionne une pétition ouverte sur change.org par les syndicats, qui a déjà amassé plus de trois mille signatures. “Un trophée politique” Dans la cour de l’hôtel de Sully, siège du CMN, les badges fleurissent, arborés par des agents de tous niveaux hiérarchiques. Le principe d’une compensation financière avancé par Matignon est balayé par Alexis Fritche, secrétaire général de la CFDT Culture : « Il n’y a pour l’instant aucune garantie sur le financement » d’une telle compensation. Il s’agit d’un choix électoraliste, « un trophée politique sans garantie que cela fonctionne » renchérit Yvan Navarro, son homologue à la CGT-Culture. En fin d’après-midi, les syndicats ont été reçus par le directeur de cabinet de Catherine Pégard, Luc Allaire, et la nouvelle directrice générale des patrimoines et de l’architecture Delphine Christophe. Mais sans la présidente du CMN, Marie Lavandier, absente également de la réunion à Matignon la veille. Rien n’en est sorti pour les rassurer. Le transfert des 58 agents du CMN présents à l’abbaye vers l’EPMSM doit être effectif au 1ᵉʳ janvier 2027. « On nous parle d’une compensation entre 6 et 8 millions d’euros, mais sans étude d’impact, sans évaluation précise. Sur quelle indexation ? Quelle durée ? » s’interroge Jean-Élie Strappini. Autant de questions pour l’instant sans réponse, et dont le ministère de la Culture ne pourra faire l’économie. Au CMN, et plus largement dans le monde patrimonial, l’inquiétude n’est pas prête à se dissiper. À lire aussi : Au Mont-Saint-Michel, la cogestion ne fait plus Merveille Arts Patrimoine Économie de la culture Politique culturelle Ministère de la Culture Histoire Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus Pour soutenir le travail de toute une rédaction, abonnez-vous Pourquoi voyez-vous ce message ? Vous avez choisi de ne pas accepter le dépôt de "cookies" sur votre navigateur, qui permettent notamment d'afficher de la publicité personnalisée. Nous respectons votre choix, et nous y veillerons. Chaque jour, la rédaction et l'ensemble des métiers de Télérama se mobilisent pour vous proposer sur notre site une offre critique complète, un suivi de l'actualité culturelle, des enquêtes, des entretiens, des reportages, des vidéos, des services, des évènements... Qualité, fiabilité et indépendance en sont les maîtres mots. Pour ce faire, le soutien et la fidélité de nos abonnés est essentiel. Nous vous invitons à rejoindre à votre tour cette communauté en vous abonnant à Télérama. Merci, et à bientôt. S’abonner
Qui doit gérer le Mont-Saint-Michel ? Remous et inquiétude au Centre des monuments nationaux
La sortie de l’abbaye du Mont-Saint-Michel du périmètre du CMN ne passe pas chez les agents du centre, inquiets de la remise en question de son modèle solidaire envers les monuments plus petits. Sans garanties de la part du ministère de la Culture.









