Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Virus Ebola Virus Ebola Virus Ebola Tribune Mauro Campus Historien En 2024, l’Agence américaine pour le développement international avait consacré 1,2 milliard de dollars à la République démocratique du Congo. Cette aide est tombée à 67 millions à la fin de 2025. Le retrait des Etats-Unis profite à la Chine, constate l’historien Mauro Campus, dans une tribune au « Monde » Publié aujourd’hui à 07h17, modifié à 09h53 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Un an après la liquidation de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), ce qui frappe n’est pas tant la brutalité administrative de sa disparition que la désinvolture avec laquelle Washington a pu la présenter comme un exercice de rigueur budgétaire. Le geste relevait d’une tout autre logique : l’abandon méthodique de l’un des instruments d’influence les plus sophistiqués que les Etats-Unis aient jamais élaboré. Il ne s’agit pas tant d’une rupture que d’un renoncement : la dissipation d’un capital stratégique accumulé de longue date au profit d’un bénéfice politique immédiat. Les chiffres suffisent à démentir la rhétorique. En 2023, dernier exercice complet avant le démantèlement, le budget de l’agence atteignait 43 milliards de dollars, soit moins de 0,8 % de la dépense fédérale américaine. En vingt ans, ses programmes ont contribué à sauver plus de 92 millions de vies. Dans les programmes antipaludéens, le coût moyen par vie sauvée est estimé à environ 4 000 dollars ; dans les théâtres de guerre conventionnelle, ce même paramètre se mesure en millions. L’écart résume à lui seul l’opposition entre deux temporalités stratégiques : l’une, cumulative et silencieuse ; l’autre, immédiate, spectaculaire et politiquement rentable. Réduire l’Usaid à sa seule vocation humanitaire revient à méconnaître sa fonction historique. Lorsque Kennedy crée l’agence en 1961, il s’appuie explicitement sur les thèses de théorie de la modernisation : un Etat privé de ressources vitales finit toujours par se tourner vers celui qui les lui fournit. Il ne s’agissait pas d’abord de secourir, mais d’orienter, et faire en sorte que le pain vienne de Washington plutôt que de Moscou. L’aide constituait une technologie de puissance : un moyen d’organiser les dépendances avant que les armes n’aient à le faire. La Corée du Sud et Taïwan, massivement soutenus dans les années 1960, occupent aujourd’hui une place centrale dans les chaînes de valeur technologique mondiales. Il vous reste 65.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.