Après avoir porté ensemble le projet de rupture du parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) au pouvoir depuis mars 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko sont désormais engagés dans un bras de fer politique qui reconfigure les équilibres institutionnels. Le limogeage de Sonko de la Primature, suivi de son retour à l'Assemblée nationale et de son élection à la tête de l'institution parlementaire, ouvre une nouvelle page inédite au Sénégal.

Cette séquence met face à face un président disposant d'importantes prérogatives constitutionnelles et un leader politique plébiscité par son parti et qui conserve une large majorité parlementaire. Dans cet entretien avec The Conversation Africa, le politiste Abdou Fattah Niane propose une analyse des leviers dont dispose chacun des deux hommes et les facteurs susceptibles de déterminer l'évolution du rapport de force.

Que révèle la crise Diomaye-Sonko sur l'exercice du pouvoir au Sénégal ?

Je crois qu’il y a bel et bien lieu de parler de crise, d’autant plus qu’il s’agit du président de la République et de son ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale.

La crise Diomaye-Sonko révèle des difficultés liées à l’exercice du pouvoir. Jusqu’ici, le modèle sénégalais reposait, exceptées les premières années de l’indépendance (1960-1962), sur un régime de type présidentialiste avec une prééminence du fait majoritaire dans la mesure où le parti au pouvoir était aussi majoritaire à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, force est de constater qu’on est, de fait, en présence d’une cohabitation.