Cet automne, l’acteur français Fabrice Luchini a présenté à guichets fermés une vingtaine de représentations de son spectacle, Fabrice Luchini lit Victor Hugo, à Porte-Saint-Martin à Paris, dans lequel, on l’aura deviné, il incarne par la lecture les plus grands poèmes et textes de l’homme océan.L’idée de cette performance est née du scénario de Victor comme tout le monde, imaginé par la regrettée réalisatrice et scénariste Sophie Fillières (La belle et la belle [2018], Arrête ou je continue [2014]), décédée en 2023, dans lequel Luchini incarne un comédien, Robert Zucchini, qui déclame tous les soirs la prose de Victor Hugo devant des parterres combles.Le film, qui arrive sur nos écrans ces jours-ci, a finalement été réalisé à partir du scénario original de Sophie Fillières par l’époux de cette dernière, Pascal Bonitzer (Encore [1996], Petites coupures [2003]), qui y insuffle, en miroir du récit, la grisaille des grands deuils et le souffle de l’intimité qu’offrent les grandes histoires d’amour.Ce Robert Zucchini, donc, mène une vie heureuse, mais teintée de mélancolie, entre sa passion pour les planches et sa relation presque fusionnelle avec son épouse (Chiara Mastroianni). Son quotidien prend un tour inattendu lorsqu’un matin, sa fille de 23 ans, Lisbeth (Marie Narbonne), qu’il connaît peu, laisse à son attention un journal contenant la notice nécrologique de sa mère, à la boulangerie où il se rend tous les matins.Bouleversé par cette nouvelle, le septuagénaire, déterminé à renouer avec sa fille, se rend au théâtre où elle travaille, et fait la connaissance de trois de ses amies actrices, qui montent un spectacle consacré aux femmes de Victor Hugo. Au contact de cette jeunesse, Zucchini expérimentera les chocs et les grands éblouissements que promettent les brèches qui ouvrent l’esprit.Dans un jeu de miroirs ingénieux imaginé par Sophie Fillières, les vers déclamés sur scène par le comédien — dont plusieurs témoignent de la disparition de Léopoldine, la fille de Victor Hugo décédée dans un accident de navigation — reflètent le fragile lien qui se bâtit tranquillement entre Robert Zucchini et Lisbeth, et qui ne peut que s’ancrer dans un souvenir inventé que la poésie rend possible.
«Victor comme tout le monde»: hommage singulier à la prose de l’homme océan
Il faut aimer Fabrice Luchini autant que Victor Hugo pour apprécier ce film qui se déploie en un ingénieux jeu de miroirs.










