« Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. » C’est écrit noir sur blanc (en lettres de sang ?) dans le Lévitique, troisième livre de l’Ancien Testament dans la Bible. Et la Bible fait loi au sein de la communauté chrétienne fondamentaliste où grandissent Naim et Ryan, dans l’État de Victoria, en Australie. Or les deux adolescents sont attirés l’un par l’autre. Ils s’aiment. Pour les sauver (!), une thérapie de conversion façon exorcisme s’impose. Des rites et des traumatismes qu’ils subissent émerge l’horreur, pire et pure : une entité surnaturelle prenant la forme de la personne qu’ils désirent le plus. Naim pour Ryan, Ryan pour Naim. Une idée brillante, un « monstre » comme on en a rarement vu.

L’Australien Adrian Chiarella, qui a écrit et réalisé Leviticus (Lévitique), cite It Follows de David Robert Mitchell et The VVitch de Robert Eggers comme sources d’inspiration de son premier long métrage — présenté avec succès au dernier Festival du film de Sundance. Du premier, on retrouve ici le Mal associé à la sexualité. Du second, les dommages causés par l’intégrisme religieux. Des deux, le commentaire social fort et pertinent.Extrêmement maîtrisé sur tous les plans, ce captivant récit initiatique queer creuse ainsi, plus profondément, le sillon déjà marqué ce printemps par Obsession (sur le consentement) et Backrooms (sur l’angoisse existentielle ambiante), respectivement des youtubeurs Kane Parsons et Curry Barker. Des films indépendants créés par des nouveaux venus et dont les budgets, très modestes, sont inversement proportionnels à la pertinence du propos (et à la rentabilité).Magnifiques interprètesEn présence ici, Joe Bird (foudroyant dans Talk to Me de Danny et Michael Philippou) incarne Naim, touchant et vulnérable mais capable de terribles erreurs de jugement ; et Stacy Clausen (connu en Australie pour son rôle dans la série d’horreur humoristique Crazy Fun Park) joue Ryan, blond, musclé, au machisme de surface et aux insécurités profondes. La chimie entre eux tient du prodige. Ils sont intenses, émouvants, beaux chacun à leur façon. Et terrifiants au besoin.