Arte diffuse jeudi 18 juin le dernier volet de la trilogie nocturne de Yolande Zauberman. Pour la documentariste, ses héroïnes “prouvent qu’il est possible de se réinventer à partir d’une blessure”. Pour la réalisatrice, les trans Talleen et Israela « prouvent qu’on peut se réinventer à partir d’une blessure ». Photo Unité - Phobics- Arte France Cinéma Par Emmanuelle Skyvington Publié le 18 juin 2026 à 13h00 La réalisatrice Yolande Zauberman aime la nuit. Son exceptionnelle trilogie documentaire — Would You Have Sex With an Arab, M et La Belle de Gaza, que diffuse Arte — est exclusivement nocturne : lors de scènes graves ou au contraire pleines de joie et d’humanité, sa caméra joue avec les réverbères de la rue, les phares de voitures, la flamme tremblante d’un briquet, l’éclairage d’un club ou d’un bar. Révélant des paroles et des visages inoubliables. Comment est né ce concept de trois documentaires « 100 % nuit » ?Cette histoire a été instinctive et organique. Le premier film, Would You Have Sex With an Arab ? (2011), m’a menée à une frontière surprenante et passionnante : celle d’une dissymétrie du désir sensuel entre Palestiniens et Israéliens. Avec une toute petite caméra, je suis partie dans la nuit filmer dans un « sexy bar » de Tel-Aviv. Aux Arabes, je demandais : « Would you have sex with an Israeli Jew ? » (Coucheriez-vous avec un juif israélien ?) ; et face aux Juifs israéliens, j’inversais la question : « Would you have sex with an Arab ? » J’ai été vraiment stupéfaite par l’honnêteté de toutes les réponses que j’ai eues. Cette interrogation rappelle une chose essentielle : pour désirer l’autre, il faut le voir. Or, tout le problème entre Israéliens et Palestiniens est celui de la visibilité. Seules la première et la dernière scènes sont diurnes — à la différence de M et de La Belle de Gaza, où il n’y en a pas du tout. Quels sont les avantages à filmer de nuit ?Les gens y sont beaucoup plus ouverts. Rien n’est plus magique que les « nuits documentaires » : dans la fiction, il faut énormément de matériel pour obtenir des nuits « aussi nuits » (sic). Alors que dans le documentaire il y a quelque chose de beau, de romanesque, un peu comme dans les contes. Dans tous mes films, j’essaie de trouver la lumière dans la nuit. M raconte un problème terrible [celui des viols qu’a subis Menahem Lang dans la communauté ultraorthodoxe de Bnei Brak, ndlr]. Mais je voulais absolument faire un film sensuel : depuis mon tout premier film, Classified People, je me suis juré de ne victimiser personne. Juré aussi de rendre beauté et force à ceux que je filme, même en situation de faiblesse. Quel dispositif utilisez-vous pour capter des confidences si intenses ?Il est plus ou moins léger et me permet de travailler avec une grande liberté, avec des professionnels qui font partie de ma vie. Pour Would You Have Sex With an Arab ?, on était trois : mon compagnon, Selim Nassib, écrivain et ingénieur du son ; à la lumière, une amie qui fait du cinéma en Israël ; et moi à la caméra, avec une simple torche pour éclairer les visages. Sur M, on était plus nombreux : dans ce film où l’on entrait dans un monde de tribus, le fait qu’on en soit une, nous aussi, était une force. Pour La Belle de Gaza [une immersion dans le monde des femmes trans à Tel-Aviv, ndlr], nous étions en revanche peu nombreux. J’avais utilisé un projecteur portatif et une caméra plus grosse, capable de fabriquer une image de cinéma. La lumière était présente tout le temps, même dans l’obscurité. Je m’appuie en général sur des témoins qui se livrent totalement. Je considère qu’un film est une transformation, à la fois pour ceux qui le font, ceux qui le regardent, et ceux qui y participent. Dans La Belle de Gaza, Talleen et Israela, deux des femmes trans, font rêver : elles prouvent qu’il est possible de se construire à partir d’une blessure, de se réinventer. Elles balayent tellement de préjugés qu’elles en deviennent des exemples. La Belle de Gaza, jeudi 18 juin, 23h30, Arte. Découvrir la note et la critique “La Belle de Gaza”, l’ode ardente à la liberté des prostituées trans de Tel-Aviv Télévision Documentaire Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
“Elles balayent tellement de préjugés qu’elles en deviennent des exemples” : dans l’intimité des femmes trans à Tel-Aviv
Arte diffuse jeudi 18 juin le dernier volet de la trilogie nocturne de Yolande Zauberman. Pour la documentariste, ses héroïnes “prouvent qu’il est possible de se réinventer à partir d’une blessure”.







