Monde EuropeGuerre en UkraineEurope. Le ministère russe de la Défense a assuré que sa frégate, l'Amiral Grigorovitch, avait agi pour éviter une collision avec un navire civil, dans les eaux internationales britanniques.Par Kenza Soares El Sayed avec ReutersPublié le 17/06/2026 à 11:14La frégate russe Amiral Grigorovitch à Saint-Petersbourg, le 27 juillet 2026.ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPPUn incident "irresponsable" et "profondément préoccupant" : le Premier ministre britannique Keir Starmer a condamné, ce mercredi 17 juin, le coup de semonce tiré par une frégate russe contre un navire civil britannique dans la Manche, la veille. Le bâtiment militaire a en effet tenté de faire changer de cap un yacht battant pavillon britannique, près des eaux territoriales du Royaume-Uni, selon des déclarations des ministères de la Défense russe et britannique.L'incident se serait produit vers 11h40. "Les coups de feu présumés ont été tirés alors que les navires se trouvaient à environ 20 milles nautiques au sud de l'île de Wight, les plaçant ainsi hors des eaux territoriales britanniques (qui s'étendent jusqu'à 12 milles nautiques), mais à l'intérieur de la zone économique exclusive du Royaume-Uni", a précisé le journal The Guardian, ajoutant qu'aucun dégât ou blessé n'était à déplorer.Ce qui n'a pas empêché Keir Starmer d'afficher une position ferme : "Cela n'aurait pas dû arriver. C'est de l'inconscience pure et simple, et le couple sur le yacht a dû être terrifié", a protesté le chef du gouvernement travailliste, en marge du sommet du G7 à Evian, en France.Une tentative pour éviter une collisionSelon le ministère russe de la Défense, l'équipage de la frégate Amiral Grigorovitch avait repéré un yacht naviguant sur une route risquant d'entraîner une collision avec le navire. Après plusieurs tentatives d'établir un contact radio, sans succès, et le recours à "des fusées éclairantes et des signaux sonores", la frégate a tiré des coups de semonce, "notamment à l'arme légère, devant le yacht", a indiqué le ministère, selon qui les tirs n'ont pas été directement dirigés contre le yacht. Celui-ci a alors modifié sa route et s'est éloigné.Le ministère britannique de la Défense a également décrit ces tirs comme une tentative d'éviter une collision, après les essais infructueux de l'Amiral Grigorovitch pour établir le contact avec le yacht. L'incident s'est produit dans des conditions de brouillard dans la Manche. La Russie a déclaré que les coups de feu ont été tirés alors que les navires étaient à 150 mètres l'un de l'autre, tandis qu'une source proche de l'incident a affirmé qu'ils étaient plus loin, à environ 450 mètres.Une violation du droit de la mer ?Mais le bâtiment de guerre avait-il bien le droit d'agir ainsi ? Le ministère russe de la Défense a déclaré que l'équipage avait agi mardi conformément aux règles maritimes internationales et avait pris toutes les mesures nécessaires pour éviter un incident.Dans les faits, la frégate avait parfaitement le droit de circuler dans ces eaux internationales, même si elles font partie de la zone économique exclusive du Royaume-Uni. Elle doit néanmoins, selon les conventions maritimes, faire preuve de "juste considération" des droits de l'État côtier et des autres navires. Le tir de coups de semonce contre un navire civil doit quant à lui être nécessaire et proportionné, et une solution de dernier recours.Contexte de tensionsIl n'y a néanmoins pas grand-chose que le Royaume-Uni puisse faire au niveau juridique ou coercitif. "En tant que navire de guerre, l'Amiral Grigorovitch bénéficie de l'immunité souveraine. Cela signifie que même s'il est établi qu'il a enfreint les normes internationales, le Royaume-Uni ne pourra pas engager de poursuites" et "se limitera à exiger que la frégate quitte ses eaux et à engager des recours diplomatiques ", précise The Guardian.L'incident intervient dans un contexte de tensions avec la Russie : ce week-end, des commandos britanniques ont intercepté dans la Manche le navire Smyrtos, appartenant à la "flotte fantôme" russe - une série de bateaux utilisés pour contourner les sanctions contre la vente d'hydrocarbures russes. Le ministère de la Défense britannique a néanmoins souhaité clore le sujet, déclarant que, selon son évaluation, les tirs de sommation de mardi n'étaient pas liés à l'interception de dimanche, mais relevaient plutôt d'un incident isolé.