Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Coupe du monde 2026 Coupe du monde 2026 Coupe du monde 2026 Quatre-vingt-dix rondels pour célébrer le roi des sports. Article réservé aux abonnés « Football. Album », de Guillaume Métayer, Mercure de France, 124 p., 12 €, numérique 8,50 €. Faire du football un formalisme : voilà l’originale proposition poétique de Guillaume Métayer, membre du comité de rédaction de la revue Po&sie, chercheur et traducteur par ailleurs. Dans son nouveau recueil, Football, le poète trouve dans ce sport l’occasion d’un jeu littéraire savant. Les 90 minutes de match donnent lieu à 90 poèmes qui, par leur nom, des « rondels », soit trois strophes d’octosyllabes avec refrain, semblent épouser la rondeur du ballon. Cette fête des mots n’est pourtant pas qu’artifice, elle est aussi sensible : drôle et malicieuse d’abord, dans son humour parfois mordant, comme avec ce 86e poème, « Dans la tête d’un spectateur ingrat après la défaite de 2022 » : « C’est l’éternel retour du Même/ Le jeu statique à la Deschamps/ Quelques statistiques cachant/ L’ennui érigé en système. » La poésie sait aussi se faire plus profonde. Le stade devient une lunette sur le monde, comme le salon mondain servait chez Proust, selon la célèbre analogie du Temps retrouvé (Gallimard, 1927), de « télescope » braqué sur des régions de la vie sensible encore inexplorées. Ici, le match devient le catalyseur des passions humaines ressaisies par le poète dans toute leur ferveur. La mémoire et l’oubli Cet événement qu’est le match de foot et la liesse qu’il soulève rencontrent alors une des prétentions premières de la poésie : donner postérité à l’éphémère. Les sportifs sont ainsi chantés en artistes dans le dernier poème du recueil : « Ô les monocycles célestes !/ Les trapézistes salvateurs !/ Ces artistes sans manifestes !/ Ces jongleurs orfèvres du geste/ Tous ces prestidigitateurs ! » Du côté des spectateurs, ce sont la réception de l’événement et ce qu’il en reste de souvenirs qui font l’objet de l’attention du poète. La mémoire et l’oubli forment ainsi les deux termes d’une véritable équation des impressions que déploie le rondel 31, sur l’ouverture de la Coupe du monde de 1998 : « Des matchs j’en ai oublié plein/ Mais jamais ce match d’ouverture/ Ou plutôt le temps la nature/ Le ciel la bière les copains. » Aux lecteurs d’arbitrer alors si cette forme atteint son but, à savoir le cœur battant de tout poète supporteur.