À l’heure où les États-Unis remettent en question le droit du sol, le Danemark est érigé en modèle pour l’Europe de demain. Ses politiques migratoires, parmi les plus strictes du continent, comprennent l’application stricte du droit du sang et un accès restreint à la nationalité, au prix de l’exclusion d’une partie de la population.

Le regard penché sur ses mains vallonnées, creusées par trois décennies de déracinement, Lok Maya Rai, 57 ans, demande timidement de répéter la question. Une première fois, puis une deuxième. « Elle ne connaît pas le concept de maison », précise à ses côtés Bhupas Gautam, président de la Société bhoutanaise du Danemark, une association qui lutte contre l’apatridie et pour les droits des réfugiés, comme Lok Maya. Il traduit une énième fois en népalais, en vain : « Où te sens-tu chez toi ? »Les murs de son appartement de Horsens, dans la région du Jutland central, répondent à sa place : les paysages encadrés et les étoffes brodées aux couleurs de drapeaux trahissent ses origines. Issue de la minorité népalaise du Bhoutan, Lok Maya est expulsée de force par les autorités du pays au début des années 1990. Déboutée de sa citoyenneté par un changement de loi, la communauté Lhotshampas devient apatride et entame un exil prolongé dans les camps de réfugiés, au Népal. Les années passent, les enfants naissent, comme Bhupas. À partir de 2007, les Nations unies lancent un programme de « réinstallation » dans huit pays tiers.