Un air de discours de Davos a semblé flotter sur l’Élysée vendredi. Sous les lustres dorés du palais présidentiel, le président français, Emmanuel Macron, et le premier ministre canadien, Mark Carney, ont pris la parole pour remettre en question l’ordre international et s’attaquer aux « puissances hégémoniques », à seulement 72 heures d’un G7 sous haute tension face à Donald Trump.« Aujourd’hui plus que jamais, nous avons une même lecture du monde. Nous constatons que l’ordre international est fragmenté, qu’il est marqué par le retour des rapports de force par la contestation des règles communes, par la coercition économique, par les ingérences et les luttes informationnelles », a déclaré le président Macron devant diplomates et journalistes des délégations des deux pays.Le premier ministre canadien lui rendait visite à Paris pour la deuxième fois depuis son entrée en fonction, l’an dernier. Les deux dirigeants ont tenu quelques rencontres bilatérales dans la journée avant de se retrouver pour un dîner privé au palais de l’Élysée en soirée.« Nous croyons tous deux à un libre-échange fondé sur les règles au profit de tous, sur le refus des logiques de coercition économique », a poursuivi le président français, visiblement inspiré par ses échanges avec l’ancien banquier.Le président Emmanuel Macron prépare le sommet du G7, qu’il accueillera dès lundi à Évian-les-Bains, à la frontière suisse. Cette rencontre, susceptible d’être éclipsée par la guerre en Iran, cristallise également les tensions entre les États-Unis et les autres membres du groupe, notamment autour des questions de droits de douane.À son tour, le premier ministre Mark Carney a invité son homologue — qu’il appelle affectueusement « cher Emmanuel » — à renforcer leur autonomie stratégique « dans un monde dominé par des puissances hégémoniques ».Pas de G6 + 1, dit CarneyLa rencontre entre Mark Carney et Emmanuel Macron s’inscrivait dans une logique de préparation stratégique en vue du sommet. L’an dernier, le président républicain avait abruptement quitté l’événement, un scénario que les Français cherchent à éviter cette année.Le premier ministre canadien a estimé que son homologue disposait de tous les atouts nécessaires pour mener les discussions avec le président américain. « M. Macron a un style concret, ambitieux et direct, et je crois que c’est la bonne manière de travailler avec M. Trump », a-t-il déclaré dans un point de presse tenu aux jardins de l’hôtel de Rigny, résidence officielle de l’ambassadrice du Canada à Paris.Le premier ministre canadien a également relativisé les analyses évoquant un G6 + 1, soit un affrontement entre les États-Unis et le reste des membres, vu les nombreuses lignes de fracture : tensions autour du dossier iranien, désaccords entourant le soutien à l’Ukraine, ou encore réglementation des géants de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux pour les mineurs.« Je n’ai aucune crainte que ce soit les États-Unis contre les autres, on cherche des solutions communes », a assuré M. Carney.Le premier ministre s’est montré prudent tout au long du point de presse, évitant toute critique à l’égard du président et estimant que ce n’était « pas le moment » d’évoquer publiquement leurs points de friction.