L’entrée en bourse spectaculaire de SpaceX consacre aussi l’entrée d’Elon Musk dans une nouvelle forme de panthéon: celui qui consacre un homme dont une partie du monde courtise désormais la puissance.Il fallait en être, c’est certain. Mais ici, c’est carrément la planète finance, dans son ensemble, qui s’y est engouffrée: depuis Tokyo, Séoul, Paris, Londres puis New York, l’entrée en bourse historique de SpaceX a attiré le monde entier, et fait carton plein. Vendredi en soirée, après le lancement des moteurs, la valorisation de l’action grimpait déjà de plus de 20% dès les premières minutes de cotation.Oui, on jouait des coudes pour monter à bord. Les demandes des investisseurs particuliers avaient dépassé de quatre fois l’offre de titres SpaceX mis à leur disposition. Une ruée des petits porteurs qui a participé au couronnement d’Elon Musk, son emblématique patron, au titre de premier billionnaire de l’histoire. Une fortune tellement folle que la terminologie échappe aux plus matheux d’entre nous: un billionnaire, ce sont 13 chiffres dans un portefeuille.De quoi questionner le statut du personnage, hier paria toxique, aujourd’hui Gatsby le magnifique, propulsé dans les étoiles.Lors de son passage à la Maison-Blanche l’année passée, l’homme d’affaires avait tout, en effet, d’un boulet en roue libre, emportant dans son sillage la réputation d’une autre de ses entreprises, Tesla.Les chiffres de vente de ses voitures s’effondraient au rythme des démantèlements sauvages d’institutions fédérales et d’aides internationales. Au rythme aussi de ses déclarations controversées, xénophobes, masculinistes, mensongères, qui auraient, en temps normal, fait trébucher n’importe quel chef d’entreprise.Mais pas lui. Pas Elon Musk.Aujourd’hui, le patron de SpaceX bénéficie d’une aura presque divine. Malgré ses relations à couteaux tirés avec Musk durant des années, le puissant patron de JPMorgan, Jamie Dimon, voit désormais un "Edison de notre époque", "notre Einstein".La plus grande banque américaine a participé, avec Goldman Sachs, Morgan Stanley et d’autres, à la préparation de l’entrée en bourse, acceptant sans broncher les commissions au rabais qu’imposait Musk. Ou encore ses entorses à la bonne gouvernance, lui qui détiendra à lui seul plus de 80% des droits de vote de l’entreprise.Commandant en chef, sans générauxIl faut dire qu’avec une valorisation de cette taille, plus de 2.000 milliards de dollars, même les trainées de SpaceX valent leur pesant d’or.Alors on accepte tout. On accepte ses frasques, ses fake news, ses messages de haine. Car le turbulent patron n’a pas changé d’un iota. Mais sa personne est devenue "too big to fail", trop systémique pour qu’on lui cherche des noises.Elon Musk, ce sont d’abord ses rêves les plus fous, potentiellement hautement rémunérateurs, dont on veut posséder un fragment. Mais c’est aussi le commandant en chef, sans généraux, d’une armée de satellites Starlink utilisés dans les conflits mondiaux, de lanceurs indispensables pour la maîtrise de l’espace et de projets dans l’intelligence artificielle qui modifient en profondeur nos sociétés.Une certaine forme de capitalisme est née: celui d’une puissance industrielle et géopolitique, possédée par un homme imprévisible à la portée financière unique dans l’histoire. Et qui ne peut défaillir sans entraîner une partie du monde avec lui. C’est aussi ça, l’entrée en bourse de SpaceX.
Édito | Elon Musk, désormais trop puissant pour défaillir
L’entrée en bourse spectaculaire de SpaceX consacre aussi l’entrée d’Elon Musk dans une nouvelle forme de panthéon: celui qui consacre un homme dont une partie du monde courtise désormais la puissance.










