Dérangeant, Boisson d’avril, Y’a tu kelkun?, la reprise hardcore de Le p’tit bonheur : des chansons qui ont marqué les générations. Groupe phare de la scène rock alternatif québécoise des années 1990, Groovy Aardvark souligne cette année 40 ans de « sévices rendus », prévoyant quelques spectacles dans les festivals pour l’occasion — en se faisant une fierté de briller encore pour un bout de temps en retournant en studio pour la première fois depuis un quart de siècle.

Résumons autant d’années aux abondants moments charnières en partant du début. Longueuil, 1986 : Stéphane Vigeant vient d’apprendre à jouer de la guitare de façon autodidacte et propose à Vincent Peake une cassette sur laquelle il a enregistré quatre pièces où les idées pullulent. « Stéphane partait de loin, mais il était passionné et résilient, et c’est son manque de musicalité qui a fondé le son de Groovy avec des riffs originaux drette en partant. Avec mon frère Danny à la batterie et Marc-André Thibert à la guitare, on a bâti le band autour de ces tounes-là et on s’est mis à écrire en gang », raconte le chanteur et bassiste Vincent Peake en entrevue au Devoir. Fan des premières heures, le guitariste Martin Dupuis en vient plus tard à occuper le poste jadis occupé par Vigeant : « Les vendredis, les pratiques du band étaient ouvertes au public — j’y allais, pis je me sentais chanceux que ça se passe chez nous, à Longueuil — si ça avait été à Laval, j’en aurais pas entendu parler ! » De débuts hardcore et speed metal, le quatuor s’ouvre à des influences prog et déploie une impressionnante technicalité dans des pièces à la fois expansives et urgentes, alors que, début 1990, la mouvance du rock alternatif gagne incidemment du terrain.C’est en 1994 que Groovy Aardvark lance finalement son premier album, Eater’s Digest, sur lequel on retrouve l’emblématique brûlot Y’a tu kelkun ?. « Pendant cette période-là, on a commencé à gravir les échelons vraiment rapidement », se remémore Dupuis.