Comédie musicale de type juke-box, c’est-à-dire que les chansons sont tirées du répertoire d’un artiste, en l’occurrence Céline Dion, Titanique réunit huit interprètes principaux et quatre musiciens. En utilisant une vingtaine de pièces popularisées par la diva originaire de Charlemagne, de I’m Alive à My Heart Will Go On en passant par To Love You More et I Surrender, et en s’inspirant très librement de Titanic, le film réalisé par James Cameron en 1997, les Américains Marla Mindelle, Constantine Rousouli et Tye Blue ont donné naissance à une croisière de 100 minutes tout à fait irrésistible. Franchement parodique, caricatural, queer et grivois, le spectacle est aussi bienveillant et accessible.
Présenté sur Broadway en ce moment même, soit presque dix ans après que la première version ait vu le jour à Los Angeles, le spectacle est malheureusement reparti bredouille de la plus récente cérémonie des Tony Awards, où il était en nomination dans quatre catégories. Qu’à cela ne tienne, le succès exceptionnel de cette désopilante aventure en haute mer, ni plus ni moins qu’une lettre d’amour à notre trésor national, ne semble pas prêt de se démentir. Après avoir été monté à Sydney, Montréal, Toronto, Londres, Chicago, Paris et São Paulo, Titanique a enfin droit cet été à sa première production en français. Présenté par Juste pour rire, le spectacle mis en scène par Tye Blue est offert à Montréal avant de l’être en Outaouais et à Québec.Un véritable joyauPar bonheur, Véronique Claveau a accepté de reprendre le rôle qu’elle a tenu au Centre Segal en 2024 et au CAA Theatre de Toronto en 2025. C’est que l’interprète, plus souveraine que jamais, aussi habile à incarner la chanteuse physiquement que vocalement, est le joyau de ce spectacle. Imaginez que Céline, portant une robe des plus étincelantes, surgisse dans un petit musée consacré au naufrage du Titanic. Interrompant une visite guidée, affirmant qu’elle était sur le paquebot en 1912, elle devient la narratrice, et même la metteuse en scène d’une relecture des événements pour le moins déjantée. Ici, le fameux collier, le Cœur de l’océan, est une grosse décoration de Noël que Cal, le détestable prétendant de Rose, a acheté chez Costco. Ça vous donne une idée du ton adopté.Il ne serait pas exagéré de dire que la traduction québécoise des dialogues, un exercice périlleux réalisé par Laurie Léveillé, tient de l’adaptation. Il reste encore maintes allusions à la culture populaire anglo-saxonne, comme le jeu vidéo Mario Kart, l’émission RuPaul’s Drag Race et les comédies musicales Chicago et Wicked, mais la plupart des nombreux clins d’œil de la version originale ont été remplacés par des « équivalents » locaux. C’est ainsi qu’on évoque Julie Snyder, Survivor Québec, Star Académie et Marie-Mai, mais aussi qu’on s’obstine sans résultat à citer ici et là les paroles de certains des tubes français de Céline. Il y a des références qui font mouche, et même certaines répliques qui font crouler la salle de rire, mais, de manière générale, on ne parvient pas à atteindre l’effarante efficacité de la production en anglais.







