10 juin 2026Aujourd'hui à 17:11Mise à jour à10 juin 2026 17:27Le "Freischütz" de Weber renaît en version vents: l’Ensemble Wolf, emmené par le clarinettiste Jean-Philippe Poncin, en livre une relecture vive, subtile et colorée. À écouter au disque (Ricercar) et en tournée cet été.Le résuméL’Ensemble Wolf ressuscite une réduction pour vents de “Der Freischütz”, corrigée, complétée et réorchestrée à partir de l’opéra original.Instruments anciens, contrebasse ajoutée, textures allégées: la partition gagne en transparence, couleurs et liberté.Une relecture vive et subtile. Un grand bol d’air romantique!À l’origine de l’opéra romantique allemand, le singspiel "Der Freischütz" de Carl-Maria von Weber, créé en 1821, est une œuvre à grand spectacle. Son succès lui valut nombre de transcriptions, dont une réduction pour instruments à vents réalisée au XIXᵉ siècle par Karl Flachs. Le clarinettiste Jean-Philippe Poncin et l’Ensemble Wolf en proposent aujourd’hui une relecture haute en couleurs, au disque chez Ricercar et en tournée, notamment aux Festivals de Wallonie.Cette joyeuse bande de flûtistes, hautboïstes, cornistes, clarinettistes et bassonistes ose une révision en profondeur de l’arrangement original. Elle accouche d’une version inédite, subtilement arrangée et interprétée par le gratin des souffleurs de ce pays. On y respire l’humidité de la forêt, on pactise avec le diable, on emprunte au folklore, on danse avec les villageois, le tout au service d’une histoire d’amour a priori mal barrée. Dépaysant et romantique, ce grand bol d’air(s) un tantinet désuet n’en est que plus attachant.L'Ensemble Wolf. ©Maarten MarchauVous êtes partis de l’adaptation qu’avait réalisée un certain Flachs au XIXᵉ siècle, mais qui était fort imparfaite…Imparfaite et incomplète. De plus, il n’existait que des parties séparées manuscrites pour un octuor classique enrichi d’une flûte. Mon premier job a donc été de rassembler tout cela pour en réaliser une partition générale. On s’est rendu compte à ce moment-là qu’il y avait des problèmes de mesures, de transposition notamment pour les cors, d’articulations, mais aussi des erreurs dans les harmonies…Retourner à la partition originale de l’opéra a été d’une aide réelle, mais il nous a quand même fallu réécrire certains passages et corriger ce qui devait l’être."Retourner à la partition originale de l’opéra a été d’une aide réelle, mais il nous a quand même fallu réécrire certains passages et corriger ce qui devait l’être."Jean-Philippe PoncinClarinettisteComment retrouver les couleurs de l’opéra avec une formation réduite à dix instruments à vent ?L’arrangement était une pratique courante à l’époque car cela permettait d’accroître la diffusion de l’œuvre y compris dans des prestations en plein air. Cette adaptation n’en reste pas moins difficile pour l’arrangeur, car il faut transposer la texture orchestrale tout en gardant les atmosphères et en tenant compte des possibilités des instruments.Carl-Maria von Weber, “Der Freischütz”. Arrangement pour vents – Ensemble Wolf. Ricercar. ©docEn pratique, vous devez donc réorchestrer…En effet. C’est ainsi que les parties de violon sont attribuées aux clarinettes et les altos aux bassons par exemple. Mais, en pratique, cet arrangement intègre énormément de couleurs puisque ce sont celles des solistes et des voix à l’orchestre. Cela dit, ces contraintes favorisent la créativité et sont très stimulantes. Nous avons notamment ajouté une contrebasse pour doubler le deuxième basson, pratique courante de l'«harmoniemusik» à l’époque."Les instruments anciens permettent davantage de liberté et de différenciation sonore, ce qui n’est pas possible avec un grand orchestre."Jean-Philippe PoncinClarinettisteVous jouez sur des instruments anciens. C’est un plus?Sans aucun doute car ils sont les témoins les plus proches de l’époque et ils nous permettent, ce qui est le choix de notre ensemble, de travailler tout particulièrement sur les textures sonores. Le résultat, c’est une très belle transparence de la musique, avec un grand souci du détail. Les instruments anciens permettent davantage de liberté et de différenciation sonore, ce qui n’est pas possible avec un grand orchestre. De plus, comme cette musique a été écrite pour ces instruments-là, ils s’équilibrent beaucoup mieux.Stimulant pour l’arrangeur, exigeant pour les interprètes ?Certainement. Jouer des traits de violon sur une clarinette, ce n’est pas évident mais c’est grisant ! Nous avons cependant essayé de rester le plus fidèle possible à l’original, malgré, je l’avoue… quelques compromis!