Publié le 10/06/2026 12:05
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Mercredi 8 juin, Myriam Guedj-Benayoun, avocate de plaignantes dans l'affaire Patrick Bruel, était l'invitée de "La matinale" de franceinfo. Alors que la garde à vue de Patrick Bruel s'est terminée ce mercredi 10 juin, le parquet a requis sa mise en examen. Selon l'avocate, qui s'apprête à déposer une troisième plainte contre le chanteur, la libération de la parole, la multiplication des plaintes et des témoignages pourraient jouer un rôle important dans la suite de l'affaire.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Jean-Baptiste Marteau : Myriam Guedj-Benayoun, vous êtes avocate engagée contre les violences sexuelles physiques et psychologiques. Vous êtes l'avocate de deux plaignantes dans cette affaire Patrick Bruel. Une troisième plainte serait en cours, celle d'une actrice de 46 ans dont on ne connaît pas encore l'identité. Est-ce que ça signifie que ce n'est peut-être que le début de cette affaire Patrick Bruel, avec de nouvelles plaintes, de nouvelles personnes victimes potentielles qui vont vouloir venir témoigner dans les jours qui viennent ?Me Myriam Guedj-Benayoun : C'est ce que l'on pressent. Beaucoup de personnes nous contactent. J'entends mes confrères également qui parlent aux médias et qui le disent. C'est pareil de mon côté. La plainte que je vais déposer, qui sera ma troisième cliente dans cette affaire a mis un peu de temps. Il leur faut du temps pour prendre la décision, soit de témoigner uniquement des faits qu'elles ont vécus, soit de devenir plaignantes.On sait juste que c'est une actrice de 46 ans, elle ne veut pas en dire plus pour le moment ?Non, aujourd'hui elle ne veut pas dévoiler son identité à la presse.Mais c'est effectivement une des personnes qui évidemment sont parfois connues du grand public et qui malgré tout, encouragent à venir déposer plainte comme c'est son cas ?Exactement. Elle n'avait pas porté sa parole, même pas dans la presse de façon anonyme jusqu'à présent. C'est vraiment la première fois hier qu'on dévoilait les faits qui la concernent.Audrey Goutard : Il faut comprendre que beaucoup de femmes, effectivement, dans un premier temps, témoignent de façon anonyme. Je vous rappelle que Flavie Flament, au départ, avait témoigné dans le journal "Elle" sous un pseudonyme, parce qu'elle ne souhaitait pas s'exprimer en son nom. C'est compliqué pour ces femmes. Vous comprenez bien aussi que Patrick Bruel est une star adulée, et que pour des femmes, notamment s'il s'agit d'une comédienne, franchir ce pas et se dévoiler est évidemment une épreuve.Jean-Baptiste Marteau : Patrick Bruel a donc passé 48 heures en garde à vue. Dans ce genre de garde à vue, c'est un moment où il peut se dire des choses, où les enquêteurs peuvent avancer dans l'enquête. Ou vous craignez que malheureusement on soit encore parole contre parole et que Patrick Bruel, comme d'autres agresseurs potentiels, arrivent à se sortir de ces heures de garde à vue ? Comment les abordez-vous en tant qu'avocate ?D'abord, c'est extrêmement difficile. La garde à vue, pour une personne, c'est contraignant. Elle passe certains moments en cellule avec certaines conditions. Ça, c'est une première chose. Ensuite, on a entendu les avocats de M. Bruel. Il a l'air de rester sur la même position qu'il a depuis le début, à savoir qu'il n'a pas commis ces faits-là. Donc je pense que sur les treize personnes pour lesquelles il a été entendu, il va rester sur les mêmes propos.À propos des trois plaignantes que vous défendez, c'est encore toujours parole contre parole. Est-ce que vous arrivez, malgré tout, à arriver avec des faits pour confronter Patrick Bruel face à des éléments qui seraient peut-être indéniables ?Dans ce genre d'affaires, violences sexuelles et a fortiori, des années après, on a rarement d'éléments matériels. On peut avoir des faisceaux d'indices. Dans ce dossier-là, on a un ensemble de plaignantes qui ont porté plainte ou pas, et c'est à la justice de travailler sur la connexité des faits, sur le mode opératoire éventuel. Ce sont des personnes qui ne se connaissent pas dans les quatre coins de la France, et même à l'international.C'est là où le nombre peut évidemment jouer pour montrer qu'il y a un faisceau de présomption, de culpabilité. C'est important le nombre de plaignantes ?La sérialité des victimes, les modes opératoires, les plaintes qu'elles ont pu déposer dans le passé sans se connaître. En ce qui concerne la personne pour qui je vais déposer plainte, les témoignages de ses proches au moment où elle a été victime et les faits rapportés. Donc, bien entendu, le juge d'instruction, s'il devait être saisi, va avoir un travail assez important de recherche pour la manifestation de la vérité.Audrey Goutard : Cette garde à vue, c'est un moment intense pour tout le monde, pour les plaignantes qui attendent et puis pour celui qui est entendu. Patrick Bruel a bien expliqué que lui arrivait avec des éléments. C'est un moment d'explication. Il dit qu'il a des SMS, des échanges, des messages qu'il a toujours gardés de certaines des plaignantes qui attestent, selon lui, que les relations étaient consenties et suivies. Donc, ce moment est important parce qu'il y a les témoignages de ces femmes, mais c'est la sérialité de ces témoignages et les points communs entre ces différents témoignages qui seront opposés à Patrick Bruel qui vont faire toute la différence. C'est l'étude aussi des emplois du temps. On voit bien qu'il y a des agressions qui seraient passées à Acapulco, d'autres à Dinard, à Monaco. Toute la confrontation et les témoins qui vont aussi apparaître et qui vont eux aussi apporter leurs pierres à l'édifice, tout cela constitue l'ensemble qui fait qu'on est mis en examen ou pas.Jean-Baptiste Marteau : Il y a effectivement le fait que les victimes, ou présumées victimes, arrivent ou ont la force de témoigner et de déposer plainte. On a vu que, par exemple, peut-être que la médiatisation de la plainte de Flavie Flament a eu un élément déclencheur pour certaines personnes, certaines victimes. Vous le ressentez, le fait que certaines victimes médiatiquement très connues comme elle témoignent, disent publiquement qu'elles vont déposer plainte et qu'elles le racontent ? Ça aide certaines victimes potentielles à déposer plainte également ?Complètement. Certaines me disent : "Si elle n'a pas eu peur, on doit faire comme elle". Parce que beaucoup ont eu peur, disaient : "On ne dépose pas plainte". La personne pour qui je vais déposer plainte, à l'époque des faits, disait : "On ne dépose pas plainte contre Patrick Bruel, personne ne me croira". Et puis elles se croient seules quand elles sont agressées. Et là, elles se rendent compte qu'elles ne le sont pas. Donc le courage de Madame Flament encourage d'autres personnes, tout à fait.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
















