Le gouvernement fédéral déposera mercredi un projet de loi visant à restreindre l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes de 16 ans et moins. Est-ce qu’une telle mesure, qu’a notamment déjà mise en place l’Australie en 2025, peut réellement avoir les effets escomptés ? Tout dépend de la manière qu’Ottawa s’y prend, préviennent des experts interrogés par Le Devoir.Le contenu exact du texte législatif qui sera présenté au Parlement est encore inconnu. Une source sûre a toutefois pu en confirmer les grandes lignes au Devoir. Si ce texte devient loi, les géants du Web auront donc les trois obligations suivantes : agir de manière responsable, protéger les enfants et leur rendre certains contenus inaccessibles.Pour la chercheuse Nina Duque, spécialiste des pratiques numériques chez les jeunes, une telle interdiction unilatérale des réseaux sociaux n’est pas la solution aux problèmes de cyberdépendance et d’intimidation en ligne. Elle compare cette mesure à « jeter le bébé avec l’eau du bain ». « Oui, il y a des problèmes sur les réseaux sociaux, mais il y a aussi beaucoup de bons pour les jeunes » ; ces plateformes sont aussi utilisées par les jeunes pour socialiser, s’informer et « trouver des groupes de soutien », explique-t-elle.« Le gros problème avec une loi comme ça, c’est qu’elle va isoler les jeunes si elle est mise en application », soutient Mme Duque. Selon elle, il faut l’accompagner d’une structure sociale renforcée d’activités sportives, de meilleures ressources en santé mentale et pour favoriser une saine utilisation du numérique.D’autres solutions que l’interdiction ?Les plateformes qui répondent aux normes qu’établira Ottawa pourraient par contre être autorisées à avoir des adolescents comme utilisateurs, d’après le quotidien torontois The Globe and Mail, qui cite sa propre source. Le Devoir n’a pas pu confirmer cette information.Aux yeux de Nina Duque, le gouvernement fédéral doit d’ailleurs « réfléchir à des solutions » autres que l’interdiction, comme forcer la désactivation des algorithmes de recommandation pour les jeunes utilisateurs.Mme Duque craint qu’interdire les réseaux sociaux aux jeunes les pousse à migrer vers des plateformes moins visibles, « plus sombres et plus douteuses ». « Le simple fait qu’on soit capable d’identifier des choses problématiques sur TikTok, sur YouTube, sur Instagram ou sur Snapchat, c’est parce que ce sont des plateformes qui sont visibles. Or, on le sait déjà dans le cas de l’Australie, quand ils débarquent des réseaux sociaux, les jeunes s’en vont vers des applications qui sont beaucoup moins modérées, comme les Kick et 4chan de ce monde. »