Le Canada devra probablement choisir, un jour, entre la diversification de son commerce et la consolidation de son traité de libre-échange avec les États-Unis, prévient celui qui a négocié l’accord en son nom.Aux prises avec les tarifs et les sautes d’humeur de son voisin et principal partenaire commercial, le Canada a pris le parti de tout faire pour sauver l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) en même temps que d’essayer de réduire sa dépendance envers lui en développant ses échanges avec d’autres pays.« C’est une corde raide très très très mince sur laquelle marcher », a observé en entrevue au Devoir mardi Steve Verheul, qui avait été le négociateur en chef canadien pour l’ACEUM en 2017 et 2018. « Ces deux objectifs vont finir, à un moment donné, par se rentrer dedans. »En effet, si le Canada parvient finalement à trouver un accord avec les États-Unis, ce sera probablement au prix d’un plus grand alignement sur les politiques commerciales américaines, explique celui qui est passé, il y a quelques années, au secteur privé.

Cela pourrait se traduire, par exemple, par l’adoption par le Canada de nouveaux tarifs sur certains produits, ne serait-ce que pour s’assurer de ne pas servir aux produits étrangers de porte d’entrée détournée sur le marché américain.Or, un tel alignement se ferait au détriment des autres ententes déjà conclues ou à venir avec d’autres économies, a expliqué l’ancien négociateur en chef canadien pour l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne. « Actuellement, nous jouons un peu sur les deux tableaux. Mais il arrivera un moment de vérité où nous devrons choisir un camp ou l’autre. »Patience et longueur de tempsJusqu’à présent, le Canada a raison de ne pas se sentir pressé de conclure une entente avec les États-Unis dans le cadre de la révision en cours de l’ACEUM, répète-t-il. « Le temps joue en notre faveur. Le programme économique du président Trump s’affaiblit un peu plus chaque jour à mesure que s’impose la question du coût de la vie et que l’on constate l’échec du retour promis des emplois manufacturiers. »Ce jeu d’observation, ponctué de menaces et de déclarations incendiaires de la Maison-Blanche, pourrait bien se poursuivre pendant plusieurs semaines, « et même plus que cela », prévient Steve Verheul.