Petite île du Pacifique, longtemps oubliée, Taïwan est aujourd’hui au cœur de la rivalité sino-américaine — comme l’a rappelé le récent voyage de Donald Trump en Chine. Si le territoire a réussi à se positionner au centre de la géopolitique mondiale, c’est surtout grâce à son industrie des semi-conducteurs. Son histoire fascinante est pourtant méconnue. Véritable colonne vertébrale de l’île, cette filière est aujourd’hui prise d’assaut par la Chine. Deuxième texte.

Le titre du message laisse croire qu’il s’agit d’une demande d’emploi. L’adresse courriel utilisée est liée à une université taïwanaise. Et la signature est celle d’un récent diplômé. Mais cet ex-étudiant n’est pas à la recherche d’un emploi dans l’industrie des semi-conducteurs à Taïwan. Son adresse courriel a été compromise dans une fuite de données et usurpée par un acteur malveillant, probablement parrainé par l’État chinois pour voler des secrets industriels taïwanais liés à son « bouclier de silicium ».Cette tentative, débusquée l’an dernier par Proofpoint, est loin d’être un cas isolé. L’entreprise de cybersécurité note une hausse du « niveau de ciblage » de l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs par des groupes alignés sur la Chine. De l’espionnage pour permettre à l’empire du Milieu d’atteindre « sa priorité stratégique […] d’autosuffisance en matière de semi-conducteurs », ajoute-t-elle.Si elle s’avère fructueuse, cette quête pourrait bousculer l’équilibre mondial. Nous vivons dans une ère technogéopolitique, rappelle Jeremy Chih-Cheng Chang, de l’Institut de recherche sur la démocratie, la société et les technologies émergentes (DSET), rencontré à Taipei. « Celui qui maîtrise la technologie peut dominer le monde. » L’enjeu est donc majeur.Actuellement, plus de 90 % des semi-conducteurs les plus avancés de la planète sont produits par des fonderies de Taïwan, principalement TSMC. Ces puces sont achetées en grande partie par des entreprises états-uniennes, le géant Nvidia en tête. Or, de sévères restrictions — imposées par les gouvernements taïwanais et états-uniens — limitent l’accès de la Chine aux puces de pointe, essentielles pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle les plus performants et pour développer de l’armement militaire avancé.Rattraper son retardPar tous les moyens, la Chine cherche donc à s’affranchir des chaînes d’approvisionnement mondiales pour produire in situ ces semi-conducteurs qu’elle ne peut importer. En plus de s’activer à l’intérieur de ses frontières, Pékin cherche « à mettre la main sur les secrets commerciaux et le savoir-faire de ce secteur crucial » de Taïwan, mentionne Wen-Tsong Chiou, directeur de la Division de la propriété intellectuelle et du transfert de technologie à l’Academia Sinica, rencontré sur le campus de la banlieue de Taipei.