Petite île du Pacifique, longtemps oubliée, Taïwan est aujourd’hui au cœur de la rivalité sino-américaine, comme l’a rappelé le récent voyage de Donald Trump en Chine. Si le territoire a réussi à se placer au centre de la géopolitique mondiale, c’est surtout grâce à son industrie des semi-conducteurs. Son histoire fascinante est pourtant méconnue. Véritable colonne vertébrale de l’île, cette filière est aujourd’hui prise d’assaut par la Chine. Premier texte.
C’est l’histoire d’un rêve qui a permis à un petit territoire de se propulser au cœur de l’économie mondiale. C’est aussi la démonstration d’une volonté à toute épreuve pour éviter d’être oublié. Il y a une cinquantaine d’années, alors que Taïwan était éjecté des organisations internationales au profit de la Chine, une équipe d’ingénieurs visionnaires est partie aux États-Unis pour bâtir ce qui deviendra la filière des semi-conducteurs.Shih Chin-Tay n’avait que 30 ans lorsqu’il a été recruté pour diriger une partie de cette équipe qui allait changer à tout jamais l’histoire de la petite île du Pacifique. « Je voulais faire quelque chose pour Taïwan », raconte cet ingénieur, aujourd’hui âgé de 80 ans, en se remémorant la proposition qui lui a été faite en 1976.Le projet était audacieux : pour diversifier l’économie de l’île, jusque-là fondée sur l’agriculture et le textile, Taipei avait misé son argent et ses espoirs sur la filière des circuits intégrés — ou semi-conducteurs. « Le gouvernement voulait développer une industrie fondée sur la technologie, mais sans savoir quelle technologie finirait par prendre de l’importance », relève l’homme au sourire enjôleur.








