Publié le 08/06/2026 22:35

Mis à jour le 08/06/2026 22:52

Temps de lecture : 3min - vidéo : 4min

Procureur de la République de Libourne depuis deux ans, Loïs Raschel est en première ligne face à la hausse de la délinquance. Comparutions immédiates, enquêtes sensibles, audiences correctionnelles : immersion dans le quotidien d'un magistrat chargé de décider, parfois en urgence, du sort des mis en cause.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Lorsque son téléphone sonne, c'est le sort d'une femme ou d'un homme qui se joue. Loïs Raschel est procureur de la République de Libourne (Gironde). Au bout du fil, un gendarme l'informe de l'arrestation et du placement en garde à vue d'une femme accusée de violences. Le procureur doit décider s'il la libère, la place en détention ou la renvoie devant le tribunal. Et pour prendre sa décision, il visionne la vidéo de l'agression transmise par les enquêteurs. Sur les images, on aperçoit une jeune femme violemment battue par une autre, tandis que son frère filme la scène en l'encourageant. À tout juste 23 ans, l'auteure de l'agression est déjà bien connue de la justice. "On voit qu'elle a déjà été condamnée à la fois pour des faits de vol et puis pour des faits de menace", détaille Loïs Raschel.Très rapidement, le procureur doit décider de l'issue de la garde à vue. Pour la jeune femme, ce sera une comparution immédiate. Le procureur précise : "Des faits qui sont quand même violents, avec une incapacité de travail qui est significative. À côté de ça, on voit avec le casier judiciaire que c'est quelqu'un qui a déjà été condamné. Il y a déjà onze mentions sur le casier judiciaire, donc c'est quelqu'un qui est très connu. Dans ces cas-là, nous, ce qu'on souhaite, c'est une réponse qui soit ferme et rapide. Donc c'est la comparution immédiate."Présentée l'après-midi même devant le tribunal, la jeune femme a été condamnée à trente mois de prison ferme. Des affaires comme celle-ci font le quotidien de Loïs Raschel. Depuis deux ans, il dirige le parquet de Libourne. À ses côtés, 19 magistrats pour une juridiction qui englobe près de 250 000 habitants."Donc là, c'est le tableau de garde à vue. Des violences intrafamiliales, violences avec arme, agressions sexuelles, corruption de mineurs, vols", décrit Loïs Raschel. Autant d'enquêtes qu'il dirige et pour lesquelles il peut demander des auditions de témoins et des expertises.Ce jour-là, deux gendarmes se rendent dans son bureau avec plusieurs affaires en cours, dont celle d'un homme contrôlé avec une arme et de l'argent liquide. Le gendarme raconte : "Monsieur a été découvert en possession d'un couteau, donc en catégorie D, et de 2 120 euros dont il ne peut justifier la détention. Il indique qu'il a vendu une BMW X3 à un ami, mais il ne peut pas en justifier la vente parce qu'il n'a aucun document. Il explique que c'est un couteau porte-bonheur qui appartenait à son père, qui est décédé. Et donc j'ai besoin d'avoir vos directives concernant la décision vis-à-vis de l'individu."À lui de décider si cet homme doit être jugé. Cette fois-ci, il se montre clément, comme il l'explique : "L'idée, c'est que la personne remette son arme, paye une amende et, si jamais ces mesures sont exécutées, dans ce cas, ça se terminera par un classement."Mais pour les affaires plus graves, il peut décider de la tenue d'une audience devant le tribunal. Et c'est lui qui demandera au juge de prononcer une sanction."Quand on est procureur, on est magistrat. Et comme magistrat du parquet, le cœur de notre travail, c'est la permanence et c'est l'audience. Donc c'est très important d'aller à l'audience. Moi, j'y vais toutes les semaines, une à deux fois, et je porte la parole du ministère public. Ce qui veut dire que je suis là, ou un de mes collègues est présent, et on va défendre ce dossier. Notre objectif, c'est de convaincre le tribunal", précise Loïs Raschel.Comme ailleurs en France, l'activité pénale à Libourne connaît une augmentation. En 2025, 17 000 nouvelles affaires ont été enregistrées par le tribunal, soit 25 % de plus en trois ans.