08 juin 2026Aujourd'hui à 20:33Alors que la France s'apprête à repasser à trois opérateurs télécoms, la Belgique vient d'accueillir un nouvel entrant. Deux visions économiques du secteur s'opposent. Celle choisie par la Belgique ne convainc pas encore tout à fait.Deux réseaux, deux ambiances. Ce lundi, Bouygues Telecom, Free et Orange se sont mis d'accord pour racheter leur concurrent SFR pour 20 milliards d'euros. Après 26 ans, le marché composé de quatre acteurs repasse donc à trois. Depuis décembre 2024, la Belgique est, elle, passée de trois à quatre opérateurs. Les pays voisins ont donc chacun leur propre vision du secteur, portée par son lot de partisans. Du côté des adeptes d'une économie avec moins d'acteurs, on retrouve Mario Draghi. Dans son rapport sur la compétitivité, il prône une consolidation. Son argument? Le marché est beaucoup trop morcelé alors que les acteurs doivent faire face à des investissements colossaux. La vision est rationnelle et l'argument fondé. Une bonne partie des opérateurs européens ont effectivement perdu des plumes lorsqu'il a fallu allonger les milliards pour enterrer la fibre optique. Dans l'autre camp, porté notamment par les régulateurs nationaux et les associations de défense des consommateurs, on pousse pour une concurrence la plus forte possible. De ce côté de la table, on estime qu'avoir plus d'acteurs entraîne une pression plus forte sur les prix et une facture finale à la baisse. Là aussi, la vision est rationnelle et l'argument motivé. L'arrivée de Free dans les années 2000 en est le plus bel exemple.Dès lors, qui dit juste? En fonction de celui qui analyse la situation et de ses intérêts, sans doute un peu tout le monde. Mais un peu plus d'un an après l'arrivée de Digi, l'option choisie par la Belgique tarde toutefois à convaincre. Avec moins de 100.000 abonnés, on est loin du raz-de-marée annoncé. Face au début en demi-teinte, la concurrence a essentiellement répondu au quatrième opérateur en gonflant ses offres, plutôt qu'en réduisant ses prix.Du côté fixe, là où la vraie bataille se jouera, il est encore trop tôt pour tirer un bilan. Mais même si le prix baisse sur la facture, il faudra que cela soit avec vigueur pour parler de succès. Car l'économie réalisée sur la facture sera à mettre en face de coûts difficilement mesurables.Un nouvel opérateur fixe qui arrive, ce sont à nouveau des trottoirs ouverts et des nuisances durant des années. D'autant plus que d'autres solutions moins contraignantes pourraient aussi avoir un effet sur la facture du consommateur. Le régulateur a ainsi récemment donné son feu vert à la collaboration entre opérateurs pour partager les réseaux et donc les frais de déploiement. Le gain d'efficacité doit amener des économies qu'on peut légitimement espérer voir apparaître dans le prix payé par le consommateur.Face à cette lutte de visions, le consommateur doit en tout cas avoir la sienne bien axée sur sa facture. Le régulateur le martèle tous les ans, s'il comparait et changeait plus souvent de fournisseurs, les économies annuelles se chiffreraient en centaines d'euros. Et ce, sans toucher au nombre d'acteurs sur le marché. Ni à son trottoir.