Publié le 07/06/2026 22:28

Temps de lecture : 7min - vidéo : 9min

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a répondu pour la première fois aux interrogations sur l’affaire de la mort de Lyhanna sur le plateau du journal de 20 heures, dimanche 7 juin.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.France Télévisions : Dimanche 7 juin, la famille de Lyhanna a demandé pardon à leur fille pour ce qu'elle a vécu. Est-ce que vous, ministre de l'Intérieur, vous vous associez à cette demande de pardon ?Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur : Oui, bien sûr. Je comprends parfaitement la détresse, la douleur de la famille de Lyhanna, de ses proches, de ses amis.Parce que vous vous sentez responsable, parce que vos services sont aussi co-responsables de ce drame.Cette affaire est un échec. Évidemment, je suis très touché comme responsable politique, comme patron des policiers et des gendarmes de ce pays. Puis aussi bouleversé comme père de famille, comme père de deux filles. C'est effectivement un drame qui aurait pu être évité.On a besoin de précisions. Depuis 2017, Jérôme Barrella a fait l'objet de combien de plaintes et de signalements pour être précis ? Parce qu'il y a des nouveaux éléments dimanche 7 juin au soir.Il y a surtout la plainte sur laquelle il faut qu'on revienne. C'est la plainte d'août 2025. Il y avait eu deux autres procédures antérieures et, au total, il y a six procédures judiciaires, dont celles ouvertes pour Lyhanna bien évidemment, et un signalement de l'Éducation nationale. Mais je comprends, de ce qui me remonte de la gendarmerie, qu'il pourrait aussi y avoir d'autres plaintes qui seraient déposées maintenant, dans les heures ou les jours qui viennent.A-t-il ou non été interrogé par des enquêteurs, par des gendarmes, par des policiers ?L'enquête qui cristallise un petit peu les regards et peut-être même les dysfonctionnements ou le manque de bon sens, c'est l'enquête d'août 2025, puisqu'il y a déjà une dénonciation de viol, et il y a cinq éléments qui sont assez troublants, voire accablants : c'est que la victime a été entendue très longuement dans le cadre, des procédures dédiées pour recueillir la parole des enfants, les fameuses procédures Mélanie. Il y a eu des expertises psychosociales, psychologiques, des examens médicaux qui tendaient à confirmer la réalité des viols.Après la plainte d'août 2025, plainte d'une maman pour viol de sa fille de 10 ans, le dossier est transmis au Parquet de Toulouse, puis transmis par courrier postal, en 2026, à la procureure d'Auch. Ça va prendre 13 jours, puis un mois. Vous comprenez que c'est quasi inaudible et inentendable pour les Français.Au début de cette procédure, les choses sont faites correctement. Il y a des auditions, il y a des expertises, il y a des constats qui sont faits. Il y a un auteur surtout qui est identifié, un auteur qui a deux antécédents, même si ce sont deux procédures classées. Ce sont des procédures pour agression sexuelle, même si, encore une fois, elles sont classées. Évidemment, ce qui est inaudible, c'est le temps de transmission au parquet d'Auch, c'est la loi. C'est le domicile de l'auteur.Mais pourquoi le Parquet de Toulouse n'appelle-t-il pas au téléphone le Parquet d'Auch ?Ce qu'on ne comprend pas avec le garde des Sceaux, ce qu'on ne comprend pas, c'est les modalités de transmission, évidemment, et les actes d'enquête qui vont être menés dans le département.Pour être clair, il n'y a pas eu de coups de téléphone, pas de mail entre le Parquet de Toulouse et le Parquet d'Auch.C’est l’enquête qui le dira. Je ne suis pas responsable des services du parquet. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on peut légitimement s'étonner, je comprends que nos compatriotes s'étonnent, que dans un dossier comme celui-ci, où il y avait déjà des éléments d'enquête qui étaient assez accablants, on comprend mal que la personne n'ait pas été entendue, mais c'est l'enquête administrative que nous avons lancée avec Gérald Darmanin qui permettra d'y voir clair. L'enquête est menée sous l'autorité du parquet du début à la fin. Je suis aussi une autorité hiérarchique des policiers et des gendarmes. Il est normal que je me préoccupe de la façon dont ils travaillent. C'est à ce titre que j'ai demandé, moi aussi, une enquête de l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale, qui va être menée avec celle qu'a lancée Gérald Darmanin.En l'occurrence, ce sont les gendarmes de Lectoure qui vont être saisis. Pourquoi pas une brigade plus spécialisée ? Il y a des brigades spécialisées en France.Absolument, vous avez parfaitement raison. C'est une question qui se pose. Pourquoi eux et pas un service plus spécialisé ? Il y a des brigades territoriales qui mènent ce type d'enquête. Nous avons des personnels formés. Mais c'est l'enquête administrative qui permettra de voir s'il y a un dysfonctionnement personnel ou organisationnel. Il faut qu'on tire tout ça au clair. Nous le devons à la famille de Lyhanna et à l'ensemble de nos compatriotes.Le 14 février est une date importante. Il y a eu un échange entre le parquet d'Auch et la gendarmerie de Lectoure. Est-ce que vous savez ce qui s'est passé ? Est-ce que le parquet a demandé à voir Jérôme Barrella, de le convoquer, de le mettre en garde à vue, est-ce que vous savez quelle a été la teneur de cette discussion ?Il faut être très prudent dans cette affaire, parce qu'il y a une procédure judiciaire en cours, mais évidemment, nous avons un certain nombre d'informations, que ce soit le garde des Sceaux ou moi-même. Il y a un certain nombre d'actes d'enquête complémentaires qui ont été demandés à partir de ce moment-là et qui ont été réalisés en janvier et en février. Et puis, depuis le 14 février, plus rien ne s'est passé et c'est ce qu'il faut qu'on essaie de comprendre. Plus rien ne s'est passé alors que cette personne aurait pu, voire dû, être en garde à vue.Une maman qui s'impatientait et qui ne comprenait pas pourquoi son dossier n'avançait pas, celui du viol de sa fille, témoigne. Elle passait des coups de téléphone réguliers à la gendarmerie de Lectoure. Quelle est votre réaction ?Je n'ai pas de raison de remettre en cause la parole de cette maman. Mais vous vous doutez bien que je procède aux vérifications nécessaires. Il y a un certain nombre d'appels qui sont traçables et je ferai toute la lumière sur ces appels et la façon dont ils ont été traités.Est-ce que votre message, aux gendarmes et aux policiers, n'est pas tout simplement de dire que dès lors qu'une plainte est déposée, celle pour viol ou pour agression, il faut convoquer le suspect, il faut l'entendre, il faut le placer en garde à vue. Est-ce que ce n'est pas ça votre message ? Gérald Darmanin dit qu'il va traiter les 70 000 plaintes pour des violences faites aux enfants mineurs d'ici un mois. Ça va être un travail, dont vos services vont devoir se préoccuper. Qu'est-ce que vous dites à vos policiers et gendarmes ?Je veux dire quelque chose de très clair. Dans cette affaire, il y a manifestement des dysfonctionnements et un manque de bon sens. L'enquête le dira ou pas. C'est mon avis personnel que je vous donne. Mais je ne veux pas que cette incompréhension qui est la mienne masque le formidable travail que font les policiers et gendarmes sur ce type de violences sexuelles faites aux mineurs. Je ne veux pas qu'on masque le travail formidable qui est fait par l'ensemble des militaires de la gendarmerie, des fonctionnaires de la police nationale sur ces affaires qui sont, je vous l'assure, prioritaires. C'est un contentieux qui a été multiplié par deux et demie depuis 2017 et nous avons mis énormément de moyens pour développer les salles Mélanie, qui sont des salles où l'on peut recueillir la parole des enfants et former nos agents. Il y a 10 000 policiers et gendarmes qui sont formés pour recueillir la parole des enfants. Je ne veux pas que ce qui peut être un dysfonctionnement, en tout cas l'enquête le dira, ce qui apparaît manifestement comme un dysfonctionnement, masque le travail remarquable qui est fait par les fonctionnaires de police et par les gendarmes.Est-ce qu'il n'est pas temps pour les gendarmes et pour les policiers qui sont, on le sait, au cœur de toutes ces affaires, avec un travail souvent remarquable, d'inverser cette idée du doute ? Quand une femme, quand un enfant vient témoigner, il y a une forme de présomption de mensonge qui apparaît. Beaucoup d'associations disent ça. Est-ce qu'il n'est pas temps d'inverser ce schéma ?Le schéma n'a pas à être inversé. Je vous assure que toutes ces plaintes sont prises au sérieux. Il y a des actes d'enquête, il y a des vérifications à faire qui parfois peuvent prendre du temps, mais au cas d'espèce, franchement, il me semble qu'il y avait des éléments qui étaient réunis et qui auraient dû permettre d'aller beaucoup plus vite.Face à ces dysfonctionnements que vous qualifiez, à ces défaillances, est-ce que vous ne vous êtes pas posé la question en tant que ministre de l'Intérieur, en tant qu'homme, peut-être de démissionner cette semaine ?Je ne suis pas propriétaire de ma charge, je suis un opérationnel et je me bats tous les jours pour que ce genre de drame n'arrive pas. Malheureusement, il y a eu ce drame, c'est un échec, mais je me bats tous les jours pour qu'il n'y ait pas de nouvelles petites Lyhanna.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité