Publié le 05/06/2026 22:46

Temps de lecture : 3min - vidéo : 24min

Plus grande crise énergétique de l’histoire, tensions géopolitiques, déséquilibres mondiaux sur le pétrole et le gaz… L’économie mondiale traverse une zone de fortes turbulences. C’est en tout cas le constat dressé par Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie. Il est l’invité de Myriam Encaoua pour “Tout est politique” ce vendredi 5 juin.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Myriam Encaoua : Vous êtes aux premières loges de la crise économique mondiale, du choc pétrolier que nous subissons depuis la guerre au Moyen-Orient. Vous avez des données que nous n'avons pas, des informations que nous n'avons pas. Il y a quelques semaines, vous avez dit que le monde traversait la pire crise énergétique de son histoire. Est-ce que vous maintenez ce diagnostic aujourd'hui ?Fatih Birol : Absolument. Par le passé, depuis 50 ans, nous avons vécu trois crises énergétiques majeures qui ont eu des influences géopolitiques, économiques, dans la vie quotidienne des gens. En 1973, choc pétrolier, en 1979 et en 2022, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, lorsque la Russie a coupé les approvisionnements en gaz à l'Europe. Il y a donc une crise du gaz, trois grandes crises énergétiques. Comparons la crise d'aujourd'hui, à cause de la guerre en Iran. La quantité de pétrole et de gaz que nous avons perdu cette fois-ci dans cette guerre est beaucoup plus importante que les quantités qui avaient été perdues lors des trois crises précédentes ensemble. En outre, il ne s'agit pas que de gaz et de pétrole, car le détroit d'Ormuz est également le passage des engrais qui sont très importants pour l'agriculture, les pétrochimiques et d'autres marchandises absolument essentielles. C'est la plus grande crise énergétique de l'histoire.Vous maintenait donc vos propos. C'est un choc essentiellement lié au prix de l'énergie, du pétrole, on va en parler. Le baril est toujours autour de 100 dollars. Mais c'est aussi un choc d'approvisionnement. Il y a des pénuries déjà pour certains pays. En Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, une partie du globe est en train de s'appauvrir. Est-ce que c'est aussi inquiétant pour l'Europe et pour la France ?Le problème le plus important concerne l'Asie. Pourquoi ? Car l'Asie, l'Inde, la Chine, le Japon, le Bangladesh, la Corée, le Pakistan, tous ces pays reçoivent 90% de leur pétrole et de leur gaz par le détroit d'Ormuz en provenance du Moyen-Orient. Ils tentent de trouver des alternatives, mais il y a des ruptures d'approvisionnement. Les prix augmentent, prix du pétrole, du gaz et des produits agricoles augmentent. Et les pays d'Afrique, pour ces raisons, sont touchés. Des pays africains, de l'Afrique et d'autres pays en développement seront les plus touchés, cela étant. Les Européens sont également concernés, car il y a un prix du pétrole unique. Et si ces problèmes persistent, alors les Français à Paris ou les Allemands à Berlin, qui vont faire leur plein pour acheter du gasoil pour leur voiture, eh bien, ils seront confrontés à une augmentation du même prix. Cela étant, la France est dans une position plus favorable que d'autres pays européens.Vous avez évoqué des risques de pénurie mondiale de pétrole à l'été. On va peut-être entrer dans la zone rouge. Avez-vous dit que c'était à Londres il y a quelques jours. D'abord, c'est quoi la zone rouge ?Avant cette crise, il y avait un véritable surplus des capacités de production. Il y avait beaucoup de pétrole non utilisé. Le 11 mars, après le début de cette crise, l'AIE a puisé dans les stocks stratégiques de pétrole des pays membres. Merci au président Macron, merci au G7, car le président français a aidé à pousser dans ce sens. Depuis trois mois, cela fait une centaine de jours que cette crise a démarré. Le monde a utilisé non seulement le surplus, mais également une partie des réserves. Mais il n'y a pas de nouvel apport depuis le marché. C'est comme si vous avez un manque d'argent dans votre poche. Vous avez utilisé tout l'argent, mais vous n'avez pas récupéré l'argent après. Donc on en est à la fin des stocks, à la fin du pétrole qu'on avait mis de côté. Ça se produira donc fin juin, fin juin, il n'y aura plus de stocks à prélever, donc à la fin de ce mois-ci. Cela signifie concrètement que malheureusement, nous sommes au moment où les gens se mettent à voyager dans l'air.Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.