Publié le 05/06/2026 22:07
Mis à jour le 05/06/2026 22:07
Temps de lecture : 4min - vidéo : 4min
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est de plus en plus diagnostiqué en France, notamment chez les enfants. Entre auto-diagnostics contestés, traitements médicamenteux et suivi médical strict, les spécialistes alertent sur la nécessité d’un diagnostic rigoureux et d’une prise en charge adaptée.
Ce texte correspond à une partie de la transcription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Au moment du dîner, la petite Juliette, 8 ans, est du genre tête en l’air. "Il y a une démonstration juste au moment où on en parle, où elle est en train de sortir de sa chaise pour une raison totalement inopinée, où son repas, son frère en a pris déjà deux fois son repas et elle n’est même pas encore terminée" raconte la mère de Juliette.Une situation classique pour la plupart des parents. Mais Juliette n’est pas juste une enfant un peu agitée. À cause de ses étourderies, elle n’arrive pas à suivre à l’école comme elle raconte : "Quand je lève la main pour dire la réponse, par exemple, de trois fois cinq, j’oublie. À chaque fois que j’essaie de donner la réponse, elle m’interroge. Après, je dis : "en fait, j’ai oublié."" Une situation compliquée pour sa maman : "Elle se dévalorise beaucoup. "Je ne suis pas capable d’apprendre, je n’ai pas de mémoire," etc. Donc, c’est plein de petites choses, en fait, comme ça, qui associées créent un inconfort pour elle, une baisse d’estime. Et c’est là où on se dit qu’il faut quand même qu’on prenne les choses en main."En juin dernier, elle est diagnostiquée TDAH par une pédiatre. Un trouble de l’attention causé par des dysfonctionnements de ses neurones. Un handicap d’origine génétique qui touche aussi sa mère. Et des milliers de Français.Les TDAH toucheraient 3 % des adultes et 6 % des enfants. Le sujet n’a jamais autant fait parler, notamment sur les réseaux sociaux, où l’on peut même trouver un bingo TDAH, présenté comme une sorte d’auto-diagnostic. Le bingo, nous l’avons montré à un psychiatre. "Oublie le nom des gens et oublie tout. Parle trop vite. Analyse tout. Trop de bruit pour se concentrer. Et en fait, ça, plein de gens l’ont. C’est un faux diagnostic, en fait" explique Pr Olivier Bonnot, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Barthélémy Durand (Essonne). Des signaux cliniques trop vagues selon lui et qui pourraient surtout cacher une autre pathologie. Il ajoute : "On peut avoir tous ces signes sans avoir un TDAH parce qu’on a un trouble du sommeil, parce qu’on a une dépression, parce qu’on a une anxiété ou parce qu’on a encore d’autres troubles psychiatriques. C’est pour ça que je pense qu’il faut lutter contre ces auto-diagnostics parce qu’ils donnent une mauvaise impression et surtout ils ne permettent pas de faire un vrai diagnostic."Le vrai diagnostic, lui, dure au moins une heure. Un entretien avec l’enfant et les parents pour déterminer quels sont les troubles et s’ils sont persistants. Si l’enfant est diagnostiqué TDAH, il doit suivre des séances de psychoéducation, des techniques pour apprendre à se concentrer. Mais quand ça ne suffit pas, des spécialistes administrent des médicaments, classés comme stupéfiants. Ils améliorent la concentration. Ces traitements sont-ils adaptés et efficaces pour les enfants ? Nolan, 14 ans, diagnostiqué TDAH, prend des médicaments depuis l’an dernier. Il vient aujourd’hui dresser un bilan avec la pédiatre qui lui a prescrit le traitement. Auparavant, il était incapable de se concentrer en classe. Ses notes baissaient. Depuis qu’il prend le médicament, il assure sentir la différence. "Je sens vraiment que mon cerveau, il ne peut plus rester focus sur quelque chose, que ça permet vraiment d’être plus attentif, que je peux mieux écouter" confie l’adolescent. Donner un stupéfiant à Nolan, les parents étaient forcément réticents au départ. La mère de Nolan raconte : "C’est toujours un peu particulier de se dire qu’un autre enfant va être mis sous un traitement. Maintenant, Nolan était partant pour essayer. Je pense que c’est le principal, quand même. Et puis, rapidement, on a vu les effets positifs."Le médicament a un effet secondaire chez Nolan, la perte d’appétit, ce qui nécessite un suivi très strict. "On est là pour les rassurer, pour leur expliquer que c’est un médicament qui est très surveillé. Ils voient leur médecin traitant tous les mois, donc on surveille la croissance. C’est un médicament qu’il n’est pas obligé de prendre tous les jours. Donc effectivement, il y a des pauses dans la semaine, il y a des pauses le week-end" précise la Dr Sarah Ducrocq, pédiatre à Antony (Hauts-de-Seine).Entre 2020 et 2024, la prescription de ces médicaments a explosé de plus 154 %. Une hausse qui interroge. Selon le Dr Olivier Revol, neuropsychiatre, le traitement ne doit pas devenir un réflexe chez les médecins : "Ma position est simple. Un enfant qui n’en a pas besoin, c’est une faute de lui donner. Le traitement médicamenteux n’est fait ni en première intention ni de façon systématique. En revanche, ne pas le faire si l’enfant en a vraiment besoin, c’est un manque de chance pour lui."En France, environ 10 % des enfants diagnostiqués TDAH suivent un traitement médicamenteux.








