Une simple comparaison internationale des prix de l’abonnement à Netflix permet de contredire l’unique argument offert par Mark Carney pour abandonner le plan de financement du contenu canadien par les plateformes, plaide une représentante de l’industrie culturelle.« Il n’y a pas de corrélation entre le prix de l’abonnement et la hauteur des contributions », affirme en entrevue Marie-Julie Desrochers, directrice générale de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC).Preuve à l’appui, son organisme regroupant une cinquantaine d’organisations professionnelles et qui revendique représenter quelque 350 000 artisans de la culture canadienne est allé vérifier le prix du populaire service de diffusion en ligne dans neuf pays qui forcent un financement du contenu local. Les abonnés de Netflix en Belgique flamande, où les plateformes doivent investir moins de 4 % de leurs revenus, paient 16.99 € par mois, soit davantage qu’en Italie (13.99 €) ou qu’en France (14.99 €), des pays qui demandent des contributions de 16% et jusqu’à 25% de leur chiffre d’affaires. Ce phénomène a même été étudié par des économistes en Suisse, qui ont estimé en 2022 à « probablement proche de 0 % » la hausse prévue des abonnements à Netflix après que ce pays eût proposé une contribution obligatoire de 4 % de ses revenus dans la production de contenu local.Le premier ministre du Canada, Mark Carney, qui détient un doctorat en économie, a offert un tout autre calcul mercredi au moment de laisser tomber le projet de demander aux plateformes d’investir 15 % de leurs revenus au pays dans le contenu canadien. « Ce n’est pas le temps de faire payer les Canadiens un autre 50$ [par an sur leur abonnement] », a-t-il lancé aux journalistes. C’est l’équivalent de 4,16 $ à trouver à la fin de chaque mois.Selon cette logique, Netflix, Disney+ ou Amazon Prime refileraient aux consommateurs la facture des investissement demandés. « Ces compagnies ne vont pas nécessairement nous faire de cadeaux », a résumé le ministre fédéral de la Culture, Marc Miller. Lui chiffrait le montant à 40$ par an, par plateforme. Son bureau n’avait toujours pas indiqué au Devoir d’où provient ce calcul au moment où ces lignes étaient écrites.Trump entre dans la discussionOttawa a demandé mercredi au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de revoir son plan pour faire appliquer la nouvelle loi de 2023 sur les plateformes, afin de prendre en compte l’objectif de « garder les services de diffusion continue abordables ».Cet ordre est survenu quelques heures seulement après une importante rencontre à Washington entre le ministre responsable des négociations commerciales avec les États-Unis, Dominic LeBlanc, et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer. Ce représentant du gouvernement Trump ne manque jamais une occasion de se plaindre du Canada, notamment pour ses lois visant les plateformes de son pays.Le ministre Miller, aussi responsable de l’Identité canadienne, a soutenu mercredi qu’il s’agissait là d’une simple « coïncidence » au micro de l’animateur Alec Castonguay de Radio-Canada, mais juste après avoir lâché, cryptique, que « les gens peuvent avoir l’opinion qu’ils veulent ».Le Bloc québécois a effectivement son opinion là-dessus. « Qui gère la politique culturelle dans ce pays-là ? Le premier ministre, ou Donald Trump ? » a demandé son député Yves Perron en Chambre, vendredi.Le leader du gouvernement, Steven MacKinnon, n’a pas tenu à le rassurer. « On s’attarde à l’économie », a-t-il plutôt rétorqué pour changer de sujet. Pas plus tard que jeudi dernier, on entendait plutôt le Gatinois défendre énergiquement le plan du CRTC, scandant que la taxe Netflix « n’existe pas ».Les conservateurs, premiers à pourfendre cette « taxe Netflix », ont célébré mercredi que le gouvernement leur donne raison.