L’actrice demandait depuis des années le retrait d’une scène de “Faux Mouvement” qui la montrait, âgée de 13 ans, en culotte et seins nus. Wim Wenders vient de retirer non la scène, mais l’intégralité de son film sur les plateformes. Outre-Rhin, la presse pointe son manque d’empathie. « Faux Mouvement », le film de Wim Wenders au cœur de la polémique, a été tourné en 1974. Photo Jean-Francois Robert pour Télérama Par Christophe Bourdoiseau Publié le 04 juin 2026 à 17h16 Il a finalement cédé. La pression était devenue trop forte pour Wim Wenders, qui refusait depuis plus de quinze ans de couper une scène dénudée de Nastassja Kinski dans le film Faux Mouvement, tourné en 1974. L’actrice n’avait alors que 13 ans. Le réalisateur de Paris, Texas, Palme d’or 1984, a annoncé, ce mercredi 3 juin, qu’il ne retirait pas la séquence de deux minutes mais l’intégralité du long métrage de toutes les plateformes de visionnage, le temps de chercher une solution à l’amiable. « Ce n’est qu’à l’issue de ce processus […] que le film sera à nouveau rendu accessible au public », écrit-il. À lire aussi : Wim Wenders retire son film “Faux Mouvement” qui montrait Nastassja Kinski, alors adolescente, dénudée Une façon de calmer provisoirement les esprits, très insuffisante aux yeux de Paula Essam, la présidente de ProQuote Film, association qui œuvre en faveur de la parité entre les sexes et de la diversité dans le secteur du cinéma et de la télévision allemands. « Il n’a pas dit comment il comptait entrer en contact avec Nastassja. Je ne comprends pas comment il peut déclarer admirer cette comédienne et avoir si peu d’empathie. Il doit couper la scène. Ce n’est pas de l’art », juge-t-elle. Un traumatisme qui ne l’a jamais quittée Il s’agit du tout premier rôle — muet, en l’occurrence — de Nastassja Kinski, qui se retrouve, en culotte et seins nus, sous le corps d’un homme adulte en caleçon. Le comédien, Rüdiger Vogler, la gifle, puis caresse son visage. Des images aujourd’hui insoutenables. Longtemps, Wenders a invoqué « l’esprit de l’époque » (Zeitgeist) et jugé ce passage nécessaire, bien qu’infidèle au roman de Peter Handke dont est tiré Faux Mouvement. Sa suppression revenait, selon lui, à ouvrir une boîte de Pandore aux conséquences imprévisibles pour l’histoire de l’art. Acculé par les médias, il s’est justifié pour la première fois le 29 mai dernier à l’occasion de la remise d’un « Lola d’or » pour l’ensemble de son œuvre aux Deutscher Filmpreis, les César du cinéma allemand. Quelques jours avant la cérémonie, l’actrice de 65 ans avait en effet raconté au Süddeutsche Zeitung ce traumatisme qui ne l’a jamais quittée : « Il n’a pas su me protéger. À 13 ans, je ne savais pas grand-chose mais je sentais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. » La scène s’est tournée en plusieurs prises, entre lesquelles elle dit s’être réfugiée dans la salle de bains pour pleurer. Ce n’est pas un scoop : Nastassja Kinski en parle depuis des années dans ses interviews, sans charger Wim Wenders pour autant. « J’ai toujours eu de bonnes relations avec lui. J’aime ses films. Mais il reste cette scène que j’ai gardée enfouie au plus profond de moi. » Nastassja Kinski, 13 ans au moment du tournage, dans « Faux mouvement », de Wim Wenders (1975). Albatros Produktion À la cérémonie des Lola, le cinéaste a d’abord tenu bon, parlant d’une œuvre appartenant à une « autre époque » et refusant d’accuser « ce jeune homme de 29 ans » qu’il était. « Je ne tournerais pas cette scène aujourd’hui », a-t-il convenu, tout en disant son inquiétude à l’idée de créer un précédent s’il devait altérer son film « a posteriori ». Et de citer l’exemple de Steven Spielberg retouchant des scènes d’enfants avec des militaires armés dans son film E.T. « Il m’a dit qu’il ne s’est jamais pardonné d’avoir fait ça », a expliqué Wenders. « Désemparé » face à une question pourtant posée sur la table depuis plus de quinze ans, il a proposé d’en débattre au sein de l’Académie allemande du cinéma (deux mille quatre cents membres), en particulier « avec les jeunes ». « Je ne veux pas porter ce poids tout seul », a-t-il déclaré. Ovations de l’assemblée. La “dignité d’une jeune fille” passe avant les “questions d’histoire du cinéma”. Alice Schwarzer, figure de proue du féminisme allemand « Il s’agit ni plus ni moins d’une esquive de la part d’un réalisateur qui se donne des airs de penseur, une posture de victime imaginaire face à une quelconque machine à interdire qui menacerait la culture », l’a critiqué Claudia Tieschky, la journaliste spécialiste des médias du Süddeutsche Zeitung. De son côté, la figure de proue du féminisme allemand, Alice Schwarzer, s’est fendue d’un éditorial au vitriol dans son magazine, Emma, pour demander à Wenders de céder : « Arrête de parler, Wim, agis ! Coupe les fichues deux minutes de ton film ! » écrit-elle, arguant que la « dignité d’une jeune fille » passait avant les « questions d’histoire du cinéma ». Même véhémence dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, sous la plume de Michael Hanfeld : « Il ne s’agit pas ici de liberté d’expression ou de liberté artistique, ni du patrimoine cinématographique […]. Une enfant de 13 ans a été sexualisée et mise à nu devant la caméra. C’était inacceptable en 1974, et cela le serait encore aujourd’hui. » Wim Wenders n’est d’ailleurs pas le seul à avoir profité de la naïveté de Nastassja Kinski au siècle dernier. Dans un épisode de Tatort, intitulé Reifezeugnis et réalisé par Wolfgang Petersen en 1977, l’adolescente de 15 ans apparaissait nue et jouait une lycéenne couchant avec son professeur. Après des années de négociations, la chaîne publique NDR, qui détient les droits de cette série policière culte outre-Rhin, aurait cédé à sa demande. On ne connaît pas encore le contenu de l’accord. À lire aussi : La formule gênante de Wim Wenders à la Berlinale : “Nous devons rester en dehors de la politique” Cinéma Wim Wenders Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
Wim Wenders vivement critiqué par les médias allemands pour son attitude dans le conflit l’opposant à Nastassja Kinski
L’actrice demandait depuis des années le retrait d’une scène de “Faux Mouvement” qui la montrait, âgée de 13 ans, en culotte et seins nus. Wim Wenders vient de retirer non la scène, mais l’intégralité de son film sur les plateformes. Outre-Rhin, la presse pointe son manque d’empathie.











