Publié le 03/06/2026 22:49
Mis à jour le 03/06/2026 23:04
Temps de lecture : 3min - vidéo : 4min
Pour faire face à la disparition des services publics anglais, certains habitants prennent le relais. Nettoyage des rues, entretien des parcs et des jardins, travaux de peinture : chacun s'y met pour assurer les services du quotidien. Reportage dans le Yorkshire.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.À Pickering (Royaume-Uni), 7 000 habitants, le calme de la campagne est interrompu une fois par mois par un grand remue-ménage. Car dans cette petite ville du nord du Yorkshire, il ne faut pas se fier aux apparences. Balai et sac poubelle à la main, Adrian Johnston et son équipe ne sont pas des employés municipaux. "Nous sommes tous bénévoles. Nous ne sommes pas rémunérés. Enfin si un peu, on nous offre une tasse de café et une part de gâteau. Mais avec toutes ces réductions budgétaires, c'était devenu trop rare de voir passer un camion de ramassage des ordures, et encore plus rare de voir quelqu'un faire ce que je fais aujourd'hui", raconte Adrian Johnston, volontaire de la Pickering Town Community Interest Company.Au total ici, plus de 70 volontaires se relaient pour remplacer les services publics de la ville, repeindre le mobilier urbain, entretenir les espaces verts, mais aussi restaurer les devantures des boutiques ou remplacer les plaques de rue. Une nécessité depuis 2020 pour ces habitants, attachés à leur ville face aux difficultés financières de leur collectivité locale. "La ville commençait à avoir l'air un peu négligée, alors on a demandé à la mairie de prendre en charge le matériel, et on a fourni la main-d'œuvre. On a commencé par repeindre un rond-point, et à partir de là on a fait de plus en plus de choses", raconte Carrie-Anne Brackstone, de la Pickering Town Community Interest Company.Le système, basé sur la communauté, doit pallier la faillite des services publics locaux. "C'est une honte. Mais les difficultés financières touchent tout le monde et pour les autorités publiques il n'y a pas vraiment d'espoir", glisse un passant. "Au moins les volontaires font quelque chose, sinon rien ne sera fait", avance de son côté une femme.Le constat est amèrement partagé par la communauté de communes elle-même. Heather Phillips, conseillère au North Yorkshire Council, dit avoir dû faire des choix entre logements sociaux, aide aux personnes âgées et nettoyage des rues. "On doit assumer notre position, on n'a pas le choix. L'an dernier, on nous a annoncé qu'on allait perdre 16 millions d'euros immédiatement, et 48 millions d'euros au total. C'est ce qui nous permettait de financer nos services les moins prioritaires. Pour être honnête, on ne peut faire que le strict minimum à certains endroits. Mais ici au moins, on peut compter sur les habitants", déplore-t-elle.En Angleterre au cours des 15 dernières années, le budget par habitant des mairies a diminué drastiquement : -18% en moyenne, et jusqu'à -26% pour les secteurs les plus défavorisés. Lassés de voir leurs villes décrépir, de plus en plus d'habitants choisissent de se retrousser les manches. Dans le village de Broughton-on-Furness (Royaume-Uni), c'est le bureau de poste qu'une trentaine de volontaires se sont battus pour sauver. Depuis décembre, ils ont rouvert l'établissement ensemble, après six mois de fermeture. "On est toujours très occupés. La poste a tellement manqué aux habitants qu'ils sont déterminés à la maintenir ouverte et à l'utiliser", confie Siobhan Rawlins, la manager du bureau de Poste de Broughton-on-Furness."Je suis seule, alors ça a vraiment tout changé de pouvoir reparler à des gens, faire mes courses et retirer de l'argent. C'est un lieu vital", se réjouit une habitante. De la bonne volonté, pourtant l'équilibre reste précaire et repose sur des levées de fonds et sur les ventes de souvenirs de la boutique attenante. "Le bureau de poste gagne de l'argent, mais ce n'est pas suffisant. On est obligé de vendre des souvenirs en plus. Car dans les petites villes comme la nôtre, la seule fréquentation de la poste ne permet pas d'assurer cette viabilité financière", explique Annette Carmichael, volontaire au sein de Broughton Community Services. Le gouvernement a annoncé débloquer 4,5 milliards d'euros supplémentaires pour les communes en 2026. Un premier pas bienvenu pour les mairies britanniques, mais encore insuffisant pour stopper l'hémorragie des services publics locaux.






